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Virgil UNTILĂ: MIRCEA ELIADE ŞI A DOUA CĂDERE
MIRCEA ELIADE BĂTRÂN ŞI POSTUM Însemnări de George Anca şi câteva scrisori către el
SCRISORI DE LA MIRCEA ELIADE
Liviu ANTONESEI „BUNUL SIMŢ – O BĂTĂLIE GATA PIERDUTĂ!”
Gh. Dolinski : De la Ulma la Grămeşti şi de la Arbore la Siret
Vlad Pohilă: „Scandalul limbii moldoveneşti“
POETUL DISTINS ŞI CĂRTURARUL PATRIOT Ion Hadîrcă
GHEORGHE-GAVRILĂ COPIL: DIN CAPITALA ROMÂNIEI, SE SFIDEAZĂ ISTORIA ROMÂNILOR
Galina LUNGU: DESPRE POPULAŢIA TRANSNISTRIEI
Vlad POHILĂ despre PICTORUL GLEBUS SAINCIUC
Constantin FROSIN îi prezintă în limba franceză pe TUDOR ARGHEZI şi GEORGE BACOVIA
Versuri de Gheorghe TOMOZEI îngrijite de Cleopatra LORINŢIU
Corneliu LEU : DEOSEBIREA DINTRE DRAGOSTEA DE LITERATURĂ SI ADEVĂRATA POEZIE DE DRAGOSTE
Versuri de Ionuţ CARAGEA
Oana STOICA-MUJEA : RĂMÂNEM FĂRĂ EDITURI
Gabriela Petcu: George Roca, un evadat din spaţiul virtual, regăsit într-o poveste pe insula fericirii
-Florentin Smarandache la 55 de ani
Magdalena ALBU : CONSTERNAREA DE A FI sau DON QUIJOTE CA VIS
DIN FOLCLORUL INTERNETULUI: Noi vrem pa neamtz!
Se repetă istoria ?- Dan BRUDASCU
ACEŞTI IDIOŢI CARE NE GUVERNEAZĂ - Liviu ANTONESEI
PASSO DOBLE – rubrica permanentă a lui Ioan LILĂ
IARĂŞI DIN FLOCLORUL INTERNETULUI: Vă oferim spre descărcare filme documentare şi slide-show-uri
CASTELUL IULIA HASDEU
PAGINA A TREIA

 LITERATURA ROMÂNĂ ÎN LIMBILE LUMII     

Constantin Frosin îi prezintă în limba franceză pe:

TUDOR ARGHEZI

ABONDANCE

Il est le seul à mener vers l’Ether
Le sillon creusé au pays, dès le foyer.
A les voir s’arc-bouter aux cornes du fer,
Il semble coulé en bronze, les bœufs en rocher.

Le blé, le maïs, le seigle, l’orge, le millet
Aucune graine ne court le risque de se détruire.
La lame de la charrue, quand retournée,
S’attarde un peu sous le soleil pour roussir.

Agile, l’acier arrache en profondeur
La glèbe, travaillée avec acharnement
Et zèle, jusqu’à ce que, avec bonheur,
La lune dépose sur terre ses radieux fragments.

Depuis le noir peuplier, contre la voûte appuyée,
La nuit en rase campagne se défait doucement,
A n’en plus finir, comme d’une quenouillée
Entièrement ornée de scintillements.

Il règne un silence de commencement du monde,
Toi, ne t’avise pas de tourner la tête,
Car Dieu marche à tes côtés et mène la ronde.
Projetée, son ombre sépare les (deux) bêtes.

EX LIBRIS


Toi, beau livre, gloire à qui t’aura écrit
Lentement préparé, tendrement considéré,
Tu es pareil à une fleur, épanouie exprès
Au toucher de mes mains, qui t’ont cueilli.

Pareil au violon, tu es le seul qui chantes
Tout l’amour, faisant d’un cheveu une corde,
Et tes pages, qui de vérité débordent,
Furent imprimées de lettres saintes et innocentes.

Un homme de sang puise là-haut de la boue
Et s’en va concevoir son énorme fantôme
Avec des rêveries, des ombres et des arômes
Et le descend, tout vivant, parmi nous.

Mais son sacrifice me paraît infécond
Autant que le vers du livre est divin.
Hélas, livre adoré et tellement divin,
Tu ne réponds à aucune de nos questions.

 

P S A U M E
(JE NE PENSE PAS TE DEMANDER L’IMPOSSIBLE)


Je ne pense pas te demander l’impossible,
Vu ma souffrance déçue, combien impossible.
Si je deviens toujours plus insistant,
C’est pour qu’à ton fidèle tu parles plus souvent.

Depuis que fut parachevée l’Ecriture
Tu n’es plus venu me voir dans ma clôture.
Les années, tout comme les siècles, disparaissent
Ici-bas, sur terre, sous Tes yeux, sans cesse.

Quand les mages en quête d’une étoile, allaient,
Tu leur parlais – cela arrivait
Quand ce fut le tour de Joseph,
Tu retrouvas ses traces à la greffe
Et un ange lui donnas pour l’illuminer
Et cet ange-là se tient devant lui, tout près.
A l’époque, Tes anges ne faisaient pas tout un drame
D’assister les petits, comme les hommes et les femmes.

Moi seulement, Dieu l’Eternel et le Parfait
Ne m’en envoya, malgré mes prières, jamais.


PSAUME
(MA PRIERE PARAÎT BIEN INEXPRIMABLE)


Ma prière paraît bien inexprimable
Et mon chant, Seigneur, à peine audible.
Je n’exige rien. Rien n’est plus représentable.
Auprès de Ton éternité, suis imperceptible.

Ma prière est peut-être étrangère à la dévotion,
Mon être charnel n’a peut-être rien d’humain.
Je me consume en toi, tout doux, tel un tison.
Je te cherche, muet, te figure, te dépeins.

Mon œil est alerte, intacte ma liberté.
Je te scrute à travers Ton blanc vêtement
Pour que mon esprit en arrive à tout déchiffrer
Indépendamment de mes charnels penchants.

La flèche nocturne chaque jour rompt son extrémité
Et chaque jour elle y ajoute du métal.
Mon âme s’offre à tous, sous forme de sept gobelets,
Attend qu’on le re-présente en cristal

Sur une serviette toute parsemée de rayons.
Dis donc, Nuit, en témoin smaragdin,
Quels sont, précisément, la fleur et le tronc
Où fermente le jus de ton aimable grain ?

Le repas prévu pour le dîner
S’éternise sur la table dès le matin.
Seigneur, je suis enclos comme un potager
Où vient paraître un poulain. 

LOUANGES


J’ai eu beau te tenir tête et je dois abandonner
Le combat à l’ombre de la blanche lune, ma lance tout cassée.
J’ai mis entre nous deux la terre et les eaux, encore j’en tremble –
Et nous voilà, maintenant, partout, tous deux ensemble.
Je te retrouve sur tous mes chemins, car point ne t’éloignes
De moi, et ne renonces jamais à être ma muette compagne
Au hasard des puits, dont tu ramasses l’eau dans tes paumes
Pour mes lèvres, jaillie entre les pierres de mémoire d’homme.
Tu dégrafes ta robe et, m’offrant tes seins comme des bols,
Me laisses le choix entre l’eau du puits et leurs belles aréoles.
Au caniveau tu portas tes lèvres en même temps que moi
Brûlant du désir de nous y régaler à la fois.
En partageant mes faits et gestes, comme l’ombre de la pensée,
La lumière t’a portée dans son ventre, la terre t’a élevée.
Tes silences l’emportent haut la main sur n’importe quels sons :
Au combat, en prière, dans ta démarche et dans ton violon.
J’ai l’impression que tout ce dont je souffre te fait mal,
Témoin des nouveau-nés et de ceux qui périssent ou râlent.
Je te sens comme m’étant très proche, pourtant si éloigné –
Ma fiancée le resteras, ma femme, ne le seras jamais !


MORGENSTIMMUNG


Tu glissas ta mélodie dans mes tréfonds
Un après-midi, quand
La fenêtre de mon âme, malgré l’ardillon
Fut ouverte par le vent
Sans apprendre que c’était tien, ce chant.

Ta chanson a vite fait de remplir la villa :
Les tiroirs, les tapis, ainsi que les cassettes,
Pareillement à une lavande sonore. Voilà
Furent bien tirées les targettes
Et le dernier voile de mon monastère tomba.

Ce n’eut pas été chose extraordinaire
Si n’était pas venu creuser
En compagnie du chat, ton auriculaire,
Lequel caressait les merles sur le clavier
Et, avec les deux, ton être – à peu près.

Conjointement à la foudre, tombèrent les nuées
Dans la chambre de mon univers étanche.
L’orage fit venir les grues cendrées,
Les abeilles et les fouilles… En revanche,
Pareilles aux pétales, mes poutres se sont délabrées.

Pourquoi chantas-tu ? Pourquoi t’entendis-je ?
Aérienne, pour m’accompagner, tu arrivas –
Ensemble, sous la voûte céleste :
Je venais d’en haut, tu venais d’en bas,
Tu venais des vivants, moi, des mortels restes.

 

 

 

GEORGE BACOVIA

PLOMB

 


Cercueils de plomb dormaient à poings fermés
Comme fleurs de plomb, funéraire vêtement –
Moi. Le caveau !... Il y faisait du vent.
Pour faire pendant, couronnes de plomb grinçaient.


Dos tourné, mon amour de plomb dormait
Sur fleurs de plomb ; j’entrepris de l’appeler –
Le mort – seul. Et moi… Le froid y régnait…
Toujours en plomb, ses ailes par terre pendaient.


NÉVROSE


Dehors, il neige en avalanche,
La bien-aimée joue au piano.
Dans le bourg, les ténèbres s’épanchent (s’étanchent)
Comme s’il neigeait sur les tombeaux.

La bien-aimée joue une marche funèbre,
Ceci m’étonne et me sidère :
Pourquoi jouer cette marche funèbre…
Et il neige comme dans un cimetière.

Elle pleure, aplatie sur le clavier,
Délire, gémit et reste sans air…
A l’abandon, le piano se tait (se meurt)
Et il neige comme dans un cimetière.

Je pleure aussi et, en tremblant,
Défais ses cheveux dans son dos…
Dehors, le bourg est voué au néant,
Et il neige comme sur les tombeaux.

 

LE POÈME DANS LE MIROIR


Au salon débordant de rêves,
Dans le miroir large et ovale, tout encadré en argent,
L’automne se reflète,
Et le parc sujet aux gangrènes,
Dans le miroir large et ovale, tout encadré en argent.

Dans ton fauteuil, épuisée, blottie parmi de larges plis de soie,
Pendant la tombée du crépuscule,
Tu lis, tout en nasalisant
Un poème bien décadent, cadavériquement parfumé,
Moult monotone.

Je prévois le poème autrement rose d’un amour à venir…
Mais, comme perdue, d’un œil malade,
Tu dérobes, ironiquement, le contour du salon parfumé.
Alors que ton regard tombe vaguement sur l’eau large et ovale,
Au-dessus de l’automne du miroir –
S’endormant… 

Je prévois le poème autrement rose d’un amour à venir…

N’importe, je me dirige tout blême vers le jardin dévasté
Et à même la table abandonnée – à même ce blanc marbre sculpté –
Affublé de mes vêtements funèbres,
Je me couche, à l’image d’un mort,
Tout en me parsemant de fleurs fanées et bien tardives
Comme nous deux…

Le jour et la mélodie finale du piano poussiéreux,
Rejoindront les larmes des bassins à jets d’eau plongés dans la nuit.
Regarde, de ton fauteuil antique –
Cette agonie toute violette,
Le catafalque,
Et le parc sujet aux gangrènes,
Dans le miroir large et ovale, tout encadré en argent.


 

MARCHE FUNÈBRE

Il neigeait d’abondance, tristement, il faisait tard
Quand un piano, à ta vitre, m’interrompit :
Je fondis en larmes, et ce fut la folie.

Amèrement, dans la nuit, le vent sifflait, hagard.

Un large et vide salon voyais-je entre les rideaux ;
Assise au piano, une brunette dénattée
Jouait, vêtue d’un manteau endeuillé,
Et tristement jouait, gémissant entre les flambeaux.

La si lugubre marche de Chopin,
Elle la répétait à la folie…
La vitre reprenait cette funèbre mélodie,
Et le vent sifflait, tout pareil au cri du train.

Puis, une blonde arrive aussi au salon…
Et presque nue, elle saisit, toute assoupie
Sur le piano, un violon autrement noirci
Et joignit à la marche monotone, son triste son.

De haute taille, les cheveux défaits, d’un blanc presque vert
Elle m’apparaissait comme Ophélie la folle…
Et l’archet de gémir sur les cordes bien molles –
Rendant cette effroyable marche lugubre, funéraire.

Quel chant amer, cette passion du chaos, -
Tristement pleurait le piano, et le violon –
Les flambeaux jetaient, en tremblant, des rayons,
Le piano semblait un catafalque, non piano.

Sur le tard, le piano gémit, se mourait :
Les flambeaux y mettaient d’eux, à l’agonie…
Tout doux, le noir rendit éternelle la nuit,
Enfin, j’entendis un corps lourdement s’effondrer.

Depuis lors, je trouve le monde encore plus triste,
La vie n’est elle qu’un chant par trop malheureux…
Et je n’oublie plus ce fou violoneux
Et la transfigurée, autrement triste, pianiste.

 

SANG, PLOMB ET AUTOMNE

Sous la pluie triste, doucement
Une poitrine malade de toux
Le mouchoir taché de sang
Tourne le coin, va dieu sait où
Sous la pluie triste, doucement.

Tout l’humide plomb des fumées
Se déverse sur ses propres traces,
Dans les passages du marché
Et parmi ces feuilles qui cassent,
Tout l’humide plomb des fumées.

Sang, plomb et automne, rien d’autre.
Un noir bras de paix, d’une masse
Tombe d’une branche maîtresse, m’exhorte
Lugubre et autrement tenace.
Sang, plomb et automne, rien d’autre.

 

SONNET

Une nuit fluide, où l’on noie dans de lourds torrents.
Dans le brouillard - fatigués, sans horizon, rougeauds –
Se consument d’enfumés et de tristes falots
Comme au-dedans d’un sale et humide beuglant.

Dans les banlieues, la nuit plus noire apparaît,
Rivières en crue de tristes maisons inondèrent,
De nombreuses quintes de toux, bien sèche et amère –
S’entendent par les murs sur le point de tomber.

Je rentre chez moi tout pareil à Edgar Poe
Ou comme Verlaine qui prit une mauvaise biture –
Et de tout ce qui est, cette nuit peu m’en chaut.

Ensuite, rythmant mes pas d’une drôle de mesure,
Je cherche dans le noir mon lit, pour faire dodo
Et je tombe, retombe et n’arrête ma parlure.

 

IL PASSE DES NUAGES

J’arrête, je n’écris plus…
Du vin, une cigarette –
Autant d’après-midi s’en vont
Comme une sensation imparfaite.

Ce qui importe, pourtant, toujours,
Ailleurs, ou chez moi, poète –
Autant d’après-midi s’en vont
Comme une sensation imparfaite.

 

E G O

Toujours plus seul et plus muet
Dans son monde où règne l’oubli,
Et toujours plus fort m’oppresse
Une pénible misanthropie.

De mes écrits, mon amour –
Je te le dis en toute foi,
Il résulte une même froideur
Concernant les autres et toi.


DÉCEMBRE

Voilà comme neige ce mois de décembre,
Regardez les vitres, ma bien-aimée.
Dites qu’on apporte encore de la braise -
Je veux entendre le feu crépiter.

Et poussez mon fauteuil avant l’âtre
Pour que j’entende, dans la cheminée,
La tourmente de mes jours – ou tout comme,
Je veux leur symphonie discerner.

Et dites qu’on apporte aussi le thé
Et rapprochez-vous donc davantage,
Dites-moi des histoires des deux pôles –
Que tombe la neige, qu’on y fasse naufrage.

Qu’est-ce qu’il peut faire chaud, ici, chez vous,
Tout, dans cette maison, m’est saint, franchement –
Regardez comme il neige, ce décembre –
Ne riez pas… lisez donc de l’avant.

Il fait jour et, pourtant, plutôt sombre,
Dites qu’on nous apporte aussi la lampe.
Voilà, la neige monte la palissade –
Le givre a recouvert même la rampe.

Aujourd’hui, je ne rentre plus chez moi…
Tourmente par derrière, comme par devant,
Regardez comme il neige, ce décembre –
Ne riez pas, lisez donc de l’avant. 
  

LACUSTRE

Depuis des nuits, il pleuvait.
J’entends la matière pleurer…
Je suis seul, et ma pensée
Remonte aux cités lacustres.

Je dors comme sur des planches humides,
Une vague déferle dans mon dos –
Je sursaute en sommeil et je pense :
Mon pont franchit encore la voie d’eau.

Un abîme historique se creuse,
Tout est comme avant, rien n’a changé…
Et je sais qu’avec toute cette pluie,
Les gros pilots vont s’effondrer.

 

LA LÉGENDE

Lorsqu’on vend n’importe quoi, 
Quand tout devient denrée –
Ressuscite un son ancestral
De la harpe surannée,

Dans les coupes, qu’un vin tout d’oubli
Serve de mantille à la vertu –
Ressuscite un chant ancestral
De la harpe surannée.

 

 

Produs Port@Leu | ISSN 1842 - 9971