Anul 2015
Anul 2014
Anul 2013
Anul 2012
Anul 2011 periodic nr. 1 2 | 3 | 4 | 6 | 7-8 | 9-10 |
Anul 2010
Anul 2009
Prima parte: Din folclorul internetului, caricaturi de Mardale, articole de Lucian Avramescu,Sergiu Găbureac Ion Marin Almăjan citând din C.T.Popescu, Emil Bucureșteanu, Dinu C.Giurescu.
Prima parte - continuare
ÎN LOC DE CONCLUZII LA ACEASTA PRIMĂ PARTE
PARTEA II CONTINUĂM ENUMERAREA UNOR ASPECTE PRECUM CELE DE MAI SUS ŞI, ÎN ACELAŞI TIMP, ARGUMENTAREA NOASTRĂ DIN NUMĂRUL TRECUT, PRIVIND: Sfârşitul programat al democraţiei
MISTERELE BUCEGILOR Continuarea anchetei din numărul trecut Articole de Marian RIZEA şi Radu CINAMAR
MISTERELE BUCEGILOR Continuarea anchetei din numărul trecut Articole de Marian RIZEA şi Radu CINAMAR- continure
Continuare 2
ULTIMA ORĂ
VEŞNIC CRITERIU ŞI MEREU ÎNTĂRITĂ MÂNDRIE A LIMBII ROMÂNE – PROFETISMUL EMINESCIAN de ADRIAN BOTEZ
Constantin FROSIN - Eminescu în limba franceză
Poezii de Dan Mircea CIPARIU,Aricole despre: ANUL CARAGIALE, MIHNEA GHEORGHIU, DAN PURIC, EUGEN DORCESCU, PREMIUL NOBEL, PROCESUL DE LA NURNBERG,MITROPOLIA BASARABIEI, CEZAR IVĂNESCU, ELISABETA IOSIF, GRIGORE AVRAM, INIMĂ REA, LIA RUSE, AL.FLORIN ŢENE, MIRCEDA CIOBANU, GEORGE LIXANDRU scrise de:DAN MIRCEA CIPARIU, ALEXANDRU PETRIA, VLAD LEU, VIOREL ROMAN, ŞTEFAN PLUGARU, STELIAN GOMBOS, GABRIELA CREŞAN, MELANIA CUC, LIVIU ANTONESEI, IONUŢ CARAGEA, PETRU BIRĂU, AL. FLORIN ŢENE
Actualitatea cultural artistica- Partea II
Actualiteatea culturala - Partea III
„RĂNILE SOLDAŢILOR ÎNVINGĂTORI” romanul lui Corneliu LEU în ediţie definitivă
DIN FOLCLORUL INTERNETULUI- Partea I
Caricaturile lui Pătrăşcan
Partea II
Paso doble rubrica lui Ioan LILA
Politica in photoshop
DIN FOLCLORUL INTERNETULUI - PARTEA III
DIN FOLCLORUL INTERNETULUI - PARTEA IV
 Constantin FROSIN - Eminescu în limba franceză

 CES OISEAUX AU BORD DU
 SOMMEIL

 Ces oiseaux au bord du sommeil
 Se réunissent autour de leurs nids,
 Se mettent à l’abri entre les feuilles –
 Allons, bonne nuit !
 Les sources seulement encore soupirent,
 Alors que le bois noir se tait ;
 Au jardin, les fleurs s’endormirent –
 Va, dors en paix !
 Sur l’eau, les cygnes rentrent à leur foyer
 Pour gîter entre les joncs si fins –
 Que les anges restent à ton chevet,
 Allons, dors bien !
 Au-dessus de la nocturne féerie,
 Voilà que la fière lune se lève ;
 Tout n’est que songe et harmonie –
 Fais de beaux rêves !

DU NOIR …
 Du noir de l’éternel oubli
 Où tout ce qui est, roule,
 Toutes les jouissances de notre vie,
 Les lueurs du crépuscule.
 Du point où ne ressurgit plus
 Rien de ce qui passa,
 J’aimerais qu’une fois dans ta vie, tu
 Prennes ton vol vers là-bas.
 Et si les yeux que j’ai aimés
 Ne débordent de lumières,
 Considère-moi rasséréné
 De tes éteints éclairs.
 Et si la voix tellement chérie
 S’abstient de me parler,
 Je comprendrais que tu me cries
 D’outre tombe, ton empyrée

JUSQU’À L’ÉTOILE…
 Jusqu’à l’étoile qui s’est levée
 Il est un si long chemin,
 Que la lumière mit des milliers
 D’années pour nous rejoindre, enfin.
 Peut-être s’est-elle éteinte en route
 Noyée par le bleu lointain.
 A peine aujourd’hui, sous notre voûte,
 Eclaire nos yeux incertains.
 L’icône de l’étoile qui mourut
 Gravit lentement dans le ciel.
 Elle scintillait inaperçue,
 Maintenant on la voit – irréelle.
 Il en est de même de notre dor
 Péri dans la nuit épaisse,
 La lueur de l’amour bien mort
 S’entête à nous suivre sans cesse

POURQUOI NE VIENS-TU
 PAS ? …

 Tiens, les hirondelles vont filer,
 Se secouent les fleurs de noyer.
 La brume recouvre les vignes là-bas –
 Pourquoi ne viens-tu pas, pourquoi ?
 O, reviens dans mes bras câlins,
 De te regarder, j’ai bien faim,
 De poser doucement mon front béat
 Contre ton sein, contre ton sein à toi !
 Te souviens-tu : frais et dispos
 On errait par monts et par vaux,
 Je te levais à bout de bras
 A tant de fois, à tant de fois !
 Dans ce monde, il y a des femmes
 Dont les yeux font jaillir des flammes,
 Mais fût-elle suprême, leur beauté,
 Elles te sont inférieures, tu le sais !
 Car toi seule rends le calme sans cesse
 A la vie de l’âme en détresse,
 Que tous les astres plus achevée -
 Ma bien-aimée, ma bien-aimée !
 A présent, automne avancé.
 Les feuilles retombent dans le sentier.
 Et ces champs sont vagues et comme ras…
 Pourquoi ne viens-tu pas, pourquoi ?

KAMADEVA

 Des douleurs de l’amour, voulus
 Mon âme guérir, déjà à bout.
 Dans mon sommeil, criai Kama –
 Kamadeva, le dieu hindou.
 Il arriva, enfant hautain
 A cheval sur un perroquet,
 Affichant un sourire captieux
 Sur ses lèvres de corail, toutes pâles.
 Nanti d’ailes propres, dans son carquois
 Il garde comme armes autant de traits -
 Uniquement des fleurs vénéneuses
 Venues du Gange tellement altier.
 Il chargea son arc d’une belle fleur
 Et juste au coeur il me férit,
 Si bien que toutes les nuits, sans trêve,
 Je pleure, insomniaque, dans mon lit…
 Muni d’une flèche envenimée
 Vint me donner une correction,
 Le fils de la bleue voûte céleste
 Et de la trop vaine illusion.

À MES PROPRES CRITIQUES

 Des fleurs, il y en a beaucoup,
 Mais peu vont porter fruit un jour :
 Chacune frappe aux portes de la vie,
 Mais retombent par terre, sans détours.
 Il est facile d’écrire des vers
 Lorsqu’on ne trouve plus rien à dire,
 En enfilant des mots trop creux -
 N’importe, le faux va resplendir.
 Si ton coeur en est à pétrir
 Mainte espérance et force passions,
 Et que ton esprit trouve le temps
 A cela de faire attention,
 En vraies fleurs aux portes de la vie
 Ça frappe aux portes de la pensée,
 Demande à entrer dans le monde,
 Exige les vêtements du parler.
 Pour l’amour de tes propres passions
, Pour l’amour de ta destinée :
 Où gardes-tu tes inquisiteurs,
 Fort impitoyables, yeux glacés ?
 Ah ! Tu as alors l’impression
 D’attraper le ciel sur la tête :
 Où trouveras-tu donc le mot
 Apte à la vérité bien nette ?
 Hé, vous, critiques aux fleurs stériles
 Incapables fruits de produire :
 Il est facile d’écrire des vers
 Lorsqu’on parle pour ne rien dire.

 LE DÉSIR

 Viens dans le bois, à cette source-là
 Qui tressaute sur le gravier,
 A l’endroit où champs de sillons,
 Par branches ployées, sont masqués.
 Accours donc dans mes bras tendus
 Et épanche-toi sur mon coeur,
 Je te soulèverai alors le voile
 Me cachant ton charme si rieur.
 Sur mes genoux, là, viens t’asseoir,
 L’on sera à deux, tout seuls ;
 Et dans tes cheveux frémissants
 Il neigera fleurs de tilleul.
 Coiffé de blond, ton front si blanc
 Couche-le sur mon bras,
 Et laisse tes lèvres si délicates
 En proie aux miennes. Tu verras…
 L’on fera un beau rêve de bonheur
 Conjoints par l’écho du chant
 Murmuré par sources solitaires,
 Par un léger souffle du vent.
 L’harmonie de cette belle forêt
 Inquiétante, nous enivre.
 Des fleurs de tilleul, à l’envi,
 Verseront sur nous, en chute libre.

 L E   L A C

 Un lac bleu, au milieu d’un bois
 De jaunets d’eau est parsemé,
 Faisant des ronds d’écume sur l’eau
 Une petite barque s’y voit trembler.
 Je me promène le long des berges,
 L’oreille tendue, pris de langueur.
 Je brûle de la voir jaillir des joncs
 Et tendrement me presser sur son coeur.
 De sauter ensemble dans la barque
 Par le murmure des vagues guidés,
 De lâcher le gouvernail,
 Les avirons d’abandonner.
 De flotter, ensorcelés,
 Au clair de la lune, douce et blonde –
 D’ouïr les joncs bruire au vent
 Et le tendre clapotis de l’onde !
 Mais elle ne vient pas. Solitaire,
 J’ai beau souffrir et soupirer
 Au bord de ce lac bien bleu
 De jaunets d’eau tout parsemé.

 

VENISE

 La vie de la grandiose Venise s’est éteinte,
 Ni chansons, ni lumières de bal ne l’assaillent
 Dans l’escalier en marbre, par les vieux portails,
 Entre la lune, offrant aux murs une bien blanche
 teinte.
 Okéanos sanglote, pleure dans les canaux…
 Rien qu’immortel, il reste dans la fleur de
 l’âge
.
 Un baiser mettrait du souffle au coeur volage,
 Il déferle sur de vieux murs, résonnent ses
 flots.
 Un gros silence de mort, règne dans la cité,
 Aumônier témoin d’un temps indélébile :
 Bien sinistrement Saint-Marc minuit va marquer.
 D’une voix sépulcrale, une voix de Sibylle,
 Il prononce lentement, d’une façon cadencée :
 Les morts ne ressuscitent jamais, va, nubile !

HYPÉRION
 Tout droit d’un conte de fées surgie
 Aux confins du grand jamais,
 D’une royale souche, une fille naquit
 Resplendissante de beauté.
 Elle était unique, ce beau brin
 De fille, vraiment un régal,
 Pareille à la Vierge entre les saints,
 A la Lune entre les étoiles.
 De l’ombre des voûtes elle se dépêtre
 Et se dirige d’un pas lent
 Vers un coin, de la fenêtre
 Là, où Hypérion l’attend.
 L’horizon elle scrute à la ronde
 Et l’océan où il lève, luit,
 Guidant sur les sentiers de l’onde
 Nefs par le noir engloutis.
 A force de l’y voir toutes les nuits,
 Son désir se fait ardent.
 Il l’observe à chaque fois, l’épie
 Et brûle pour elle en amant.
 Comme éperdue, d’un air songeur,
 A la vitre elle s’accoudait.
 Ce grand amour remplit son coeur –
 Jusqu’à son âme est comblée.
 Et il arrive plus vif, plus beau,
 Sans omettre une seule nuitée,
 Du côté de ce noir château
 Où, à son tour, elle l’épiait.
Il lui emboite furtif le pas
 Et s’insinue dans sa pièce,
 Tout en tissant d’un froid éclat
 Pour elle une robe de princesse.
 Et lorsqu’elle veut se mettre au lit
 Et s’étend comme pour dormir,
 Sur sa poitrine, ses mains il plie
 Ferme ses paupières, se retire
 Et depuis l’écran du miroir,
 Comme un torrent il déferle
 Sur ses yeux, sur son corps d’ivoire
 Et sur son collier de perles.
 Malgré son sommeil, elle souriait
 A l’image dans le miroir
 Qui, dans son rêve, la retrouvait
 Toute son âme pour émouvoir.
 Et lui parlant toute endormie,
 Encore soupire et presque geint :
 - Oh, doux Seigneur de mes nuits,
 Tu n’es pas là… Allez, viens !
 Veux-tu déchoir de ta grandeur
 Tout en gardant maint rayon…
 Dans ma maison arrive sauveur,
 Apporte-moi ta perfection !
 A ces paroles, il palpitait,
 S’enflammait plus et encore –
 Tout fulgurant, il s’élançait
 Dans la mer, vrai météore
.
 Au point où il fit sa culbute,
 Des limbes étranges se procréent
 Et, du gouffre où il eut sa chute,
 Un beau jeune homme apparaît.
 A la légère franchit le seuil
Des fenêtres de la maison,
 Tel un sceptre, sa main se recueille
 Sur un bâton fait de jonc.
 Il avait l’air d’un tout jeune prince
 D’une blonde chevelure pourvu,
 Livide, un linceul par trop mince
 Recouvre ses épaules toutes nues
 Et son pâle visage, aux ombres blêmes
 Tire sur le jaune, comme la cire –
 Un si beau mort, aux yeux suprêmes,
 Scintille comme un point de mire.
 - Je laissai avec peine mes sphères
 Pour répondre à ton invite –
 Car c’est le ciel qui est mon père,
 De la mer je ressuscite.
 Pour y venir et te rejoindre,
 Me repaître de ton image –
 Du serein j’ai dû me disjoindre
 Et naquis depuis le large.
 Viens vers moi, ô, mon rare trésor,
 Ton monde tu devrais quitter –
 Je suis Hypérion et t’adore,
 Tu seras ma belle mariée
.
 Là, dans les palais de corail,
 Pour toujours on va s’unir ;
 Dans l’océan, véritable sérail,
 Tout ce qui est va t’obéir.
 - Tu es plus beau que ces rêves où
 Les anges parfois se laissent voir,
 Mais à tes projets tellement fous
 Jamais ne veux m’abreuvoir !
 Tu n’es pour moi qu’un étranger –
 Ton éclat n’a guère de vie,
Je suis vivante, tu ne l’es point
 Et ton froid oeil me transit.
 Force lui fut, malgré son sommeil,
 Pendant qu’il s’y insinuait,
 Revoir le prince des flots qui veille
 Et règne sur son coeur brisé.
 - Veux-tu déchoir de ta grandeur
 Tout en gardant maint rayon,
 Dans ma maison arrive sauveur -
 Apporte-moi ta perfection !
 A l’entendre encore dire ceci,
 Il s’éteignit de douleur ;
 Un vrai tourbillon sa place prit
 Là où il se fit malheur.
 Soudain, il sévit un fléau
 Sur le monde dont l’air s’embrase,
 Et des profondeurs du chaos
 Un bien noble faciès s’évase.
 Sur sa belle et riche chevelure,
 Sa couronne paraît brûler,
 Ses ailes ont une grande envergure,
 Par un solaire feu baignées.
 Ses longs bras, comme le marbre, dépassent
 De son linceul tellement noir ;
 Il arrive pensif, de guerre lasse,
 Plutôt pâle, d’un air hagard.
 Mais ses grands yeux, un vrai miracle,
 Brillent moult chimériquement,
 Tout comme deux passions insatiables
 Poussées par un noir ferment.
 - Je laissai avec peine mes sphères
 Pour t’entendre, seulement voici :
C’est le Soleil qui mon père,
 Et ma mère, c’est bien la Nuit.
 Viens vers moi, ô, mon rare trésor,
 Ton monde, tu devrais quitter.
 Je suis Hypérion, et d’adore –
 Tu seras ma belle mariée.
 Viens donc, dans ta belle chevelure
 Je vais mettre guirlandes d’étoiles,
 Dans mes hauteurs, n’en aie point cure,
 Tu feras la plus belle toile.
 - Tu es plus beau que ces rêves où
 Les anges parfois se laissent voir,
 Mais à tes projets tellement fous
 Jamais ne veux m’abreuvoir.
 Ton cruel amour fait déjà mal
 Aux fibres de l’âme, aux cordes,
 Tes yeux me brûlent dès leur dédale,
 Ton lourd regard me déborde.
 - Puis-je, crois-tu, choir à ton appel ?
 Est-ce pour toi si étonnant
 Que moi, je sois bien immortel,
 Que tu ne le sois nullement ?
 - Jamais je n’ai cherché mes mots -
 Par où devrais-je commencer ?
 Ton parler est très clair et haut,
 Mais je ne peux l’expliquer.
 Et si tu désires tout à fait
 Que mon coeur ne soit qu’à toi,
 Descendre sur cette terre tu devrais
 Devenir mortel, comme moi.
 - Tu brigues mon immortalité
 Et m’offres ton baiser au change.
 Cependant, toi aussi, tu devrais
Savoir que j’en chante les louanges.
 Soit, je m’en vais naître du péché,
 Ce monde régi par d’autres lois ;
 J’avais reçu l’éternité –
 Je lui préfère l’immédiat.
 Et de s’en aller… à vau-l’eau
 Pour les beaux yeux d’une jeune fille…
 Abandonnant sa place là-haut,
 Pendant des jours se gaspille.
 *
 Sur ces entrefaites, Catalin,
 Beau page à la cour, damnable,
 Qui n’a cesse de verser du vin
 Aux nobles invités à table,
 Un page qui porte partout la traîne
 Des robes de l’impératrice,
 Bavard sans aveu et sans gêne
 Dont les yeux partout se hissent
,
 La bouche vermeille, haut en couleurs,
 L’expression plutôt câline,
 Il glisse un regard fureteur
 Du côté de Cataline
:
 « Mon Dieu, comme son port est léger !
 De plus, elle est diablement belle !
 Va, c’est le moment ou jamais :
 Tente donc ta chance, demi-sel ! »
 Il l’attire tout doux par la taille
 Et la repousse dans un coin.
 - Qu’est-ce que me veux, petite caille ?
 Allez-va-t-en à tes soins !
 - Ce que je veux ? Ne plus te voir
 Si plongée dans tes pensées ;
 Souris plutôt et laisse-moi boire
Qu’on est faits pour être ensemble…
 Mais une étoile jaillit, s’élance,
 Survole ces silences d’oubli
 Et rend tout horizon immense
 Aux marines superficies.
 Et en cachette je baisse le front
 Alors que je fonds en larmes
 A la vue de tous ces moutons,
 Comme aimantés par un charme,
 Très amoureusement il luit
 Pour apaiser ma douleur ;
 Survole toujours plus loin la vie –
 Jamais suis à son hauteur.
 De rares rayons arrivent, bien froids,
 Depuis son monde, la distance…
 Je l’aime toujours, mais à chaque fois
 Il ne me sera qu’absence.
 C’est pourquoi mes journées toutes sont
 Désertes, pareilles aux prairies,
 Seuls mes nuits, quel charme elles on
t
 Dont le sens reste incompris.
 - Tu es restée enfant, vois-tu…
 Allons fuir au bout du monde ;
 Là, toutes nos traces seront perdues,
 La solitude, bien profonde.
 On sera bien sages tous les deux –
 A nous la joie et la gloire ;
 De nos parents seront oublieux
 Et même de l’Etoile du soir.
 *
 Hypérion s’en fut… Déployées,
 Ses ailes assaillent la lumière.
 Des milliers d’années dépassaient
 A la vitesse de l’éclair.
Il survolait ciels étoilés
 Surplombés par d’autres étoiles.
 Tout l’air d’un éclair il avait –
 Révélation sidérale.
 Et comme au Jour Premier, il voit
 Jaillir des gouffres du Chaos
 Avant, après, autour de soi
 De bien fulgurants flambeaux.
 Comme des mers l’assaillent, cupides –
 Il les traverse à la nage
 Et le survole, l’esprit languide
 Et point n’accepte leur servage
 Car sa course est illimitée,
 Tout oeil s’y tait, fût-il béant
 Et le Temps a beau essayer
 De conjurer le néant.
 Tout autour il y a le vide
 Comme une soif qui l’envahit :
 Autant de profondeurs perfides,
 Pareilles à l’aveugle oubli.
 - Ô, Père, ôte-moi le noir fardeau
 De toute cette éternité ;
 Par les mondes d’en bas et d’en haut,
 A jamais tu seras loué.
 Demande-moi, ô, Père, n’importe quoi
 Je veux une autre destinée.
 La source de toute vie sourd en moi,
 Par toi la mort est donnée.
 Enlève-moi ce nimbe immortel
 Et toutes les foudres du regard.
 Allume, en échange, la chandelle
 D’une heure d’amour, même blafard.
 C’est le Chaos qui m’engendra,
 J’ai envie d’y retourner…
 C’est le repos qui m’enfanta,
J’ai soif de me reposer.
 - Hypérion, des gouffres abyssaux
 Tu lèves, rends la vie aux mondes.
 N’exige donc ni signes, ni idéaux
 A quoi rien ne corresponde.
 Tiens-tu à passer pour un homme
 Et devenir leur pareil ?
 S’ils périssent tous au Capharnaüm,
 D’autres à leur place se réveillent.
 Tout ce qu’ils bâtissent, point ne dure –
 Hélas, tant de vains idéaux –
 Un flot inonde une sépulture,
 Vite sera suivi d’autres flots.
 Hantés par bonnes étoiles, ils sont
 Eprouvés par un triste sort.
 Nos temps et lieux restent inféconds
 Et nous ignorons la mort.
 Tout ce qui aujourd’hui existe
 Naquit de l’éternel hier.
 Soleil s’éteint à l’improviste ?
 Arrive un autre, bien plus fier.
 Ils ont l’air de ne plus finir
 Mais la mort est là, qui rôde,
 Car tous sont nés comme pour mourir,
 Mais chaque mort une autre vie brode
,
 Alors que, Hypérion, tu restes,
 Persistes, et n’as point de cesse ;
 Exige-moi donc le mot céleste –
 Veux-tu donc le don de sagesse ?
 Veux-tu bien écouter cette voix ?
 Après l’avoir laissée faire,
 Hautes montagnes épouseraient les bois,
 Îlots épouseraient les mers.
Est-ce que tu veux donner des preuves
 De ta force, de ta justice ?
 Je te donne la terre et ses fleuves –
 Ton règne sera moult propice
.
 Je t’offrirai navires de guerre,
 Des armées pour parcourir
 La terre dans tous les sens, les mers –
 Mais pas la mort, c’est le pire…
 Et pour qui assumes-tu la mort ?
 Retourne-toi, si tu te rends
 Sur ce globe-là, bien peu accort,
 Tu verras ce qui t’attend.
 *
 Hypérion regagna sa place
 Que le ciel lui avait vouée.
 Aujourd’hui comme hier, comme de glace,
 Il prend sur lui pour briller.
 Voilà déjà le crépuscule,
 Bientôt la nuit va tomber.
 La Lune se lève en préambule
 Et entreprend de monter.
 Le clair de Lune, tel un linceul,
 Jonche les sentiers des taillis.
 Sous une rangée de beaux tilleuls,
 Deux jeunes gens discutent assis.
 - Oh, laisse que ma tête sur ton sein
 Se détende, ma bien-aimée,
 Sous mes regards pleins de serein,
 Sous nos yeux si adorés.
 Jette un sort, fais que ton esprit
 Pénètre, déchiffre mes pensées
 Et qu’il mette un baume infini
 Au coeur de mes nuits troublées.
Reste donc là, au-dessus de moi,
 Pour mettre une fin à mes peines ;
 Mon premier amour et émoi
 C’est toi, de mes rêves la Reine.
 Hypérion observait d’en haut
 Cet étonnement en cascade :
 A peine prononcés ces propos,
 Elle lui donna l’accolade.
 Les fleurs sentent bon ; comme gouttes
 d’argent
 Elles tombent en une légère pluie
 Sur les cheveux des deux enfants –
 Si longs et jaunes, vrais épis.
 Enivrée par ce sentiment,
 Elle lève les yeux, aperçoit
 Hypérion. Et, tout doucement,
 Ses désirs, elle lui envoie :
 - Veux-tu déchoir de ta grandeur
 Tout en gardant maint rayon,
 Viens dans ce bois, dans ma torpeur,
 Donne-moi toute ta perfection !
 Comme autrefois il tremble dans les airs,
 Frémit par monts et par vaux,
 Tout en guidant des solitaires
 Sur les crêtes blanchies des flots.
 Mais ne retombe plus, comme naguère,
 De ses hauteurs dans l’océan.
 - Bien peu te chaut, d’argile pauvre
 hère,
 Si c’est moi ou un chenapan.
 De vivre dans vos limbes, à l’étroit,
 Le seul hasard joue pour vous ;
 Dans les hauteurs de l’air, chez moi,
 Immortel suis-je, froid et flou

LA PRIÈRE D’UN DACE
 Du temps où la mort n’était encore, ni rien d’immortel
 Et où la lumière n’existait pas déjà comme telle,
 Aujourd’hui n’était, demain non plus, ni hier, ni toujours,
 Car UN était multiple et indivisible à son tour ;
 Alors que la terre, le ciel, l’éther, le monde entier
 Etaient du nombre de ceux qui n’avaient jamais été,
 Au début il n’y avait que Toi, et je me demande :
 Quel est ce dieu à qui l’on porte nos coeurs en offrande ?
 Il n’y avait qu’un dieu – Lui – et nul autre pareil,
 Du tourbillon principal forgeant un petit soleil,
 Il offre aux dieux une âme et au monde la félicité,
 Lui, la seule chance de rédemption de l’humanité.
 Haut les coeurs ! Consacrez-lui un beau cantique en carême,
 Il est la mort des morts, donc la résurrection lui-même.
Il m’offrit des yeux pour voir la lumière de la journée
 Et mon coeur fut ravi par tous les charmes de la pitié.
 Le hurlement des pas déferlait sous le vent
 Et, dans sa voix mélodieuse, un triste vers s’entend,
 Et, outre tout ceci, je viens quémander une chose de trop :
 Que Lui me permette de jouir de l’éternel repos !
 Que Lui maudisse n’importe qui de moi prendrait pitié
 Et des deux mains bénisse ceux qui voudraient bien m’opprimer,
 Que Lui prête l’oreille à qui aimerait encore rire
 Et qu’il redonne des forces hésitant à m’occire,
 Et que celui entre les gens devienne le premier
 Qui me prive de la pierre me servant comme chevet
 Que les gens me donnent la chasse tout au long de ma vie
 Au point que je sente que les larmes de mes yeux ont tari
 Tout un chacun sera mon ennemi, dès sa naissance ;
 De moi-même, j’en arriverai à perdre connaissance,
 Que mes peines et mes douleurs mes sentiments aient figés
 Que je puisse blasphémer ma mère que j’eusse tant aimée –
 Quand ma haine sanglante à mes yeux amour deviendrait
J’oublierai peut-être ma douleur et mourir je pourrai.
 Si c’est vraiment sans foi ni loi que je dois y passer,
 Que l’on n’hésite guère mon cadavre dans la rue à jeter
 Et, Père, qu’à celui tu offres un bien riche présent
 Qui ameute ses chiens pour lacérer mon coeur à belles dents,
 Et qu’à celui qui de toute sa force veut me lapider –
 De grâce, mon Maître, laisse-lui la vie pour l’éternité !
 Ce n’est qu’ainsi, Père, que je saurai te remercier
 Pour avoir eu la chance, grâce à Toi, cette vie de traverser.
 Je ne courbe le front, ni le genou ne plie tes dons pour implorer,
 C’est plutôt ta haine et tes foudres que je veux m’attirer
 Afin que ton souffle ma respiration enlace
 Et que, dans la nuit éternelle, je disparaisse sans trace !


Ô, DEMEURE
 « O, demeure, demeure avec moi,
 Je t’aime tellement, tu sais !
 Toutes tes langueurs et nostalgies,
 Moi seul puis les écouter
.
 Dans l’obscurité de ton ombre,
 Je te compare à un prince,
 Qui considère les profondeurs
 De ses yeux noirs qu’il pince.
 Grâce au mugissement des vagues,
 Au frisson de l’herbe légère,
 Je te fais entendre secrètement
 La course de la bande de cerfs ;
 Tu es en proie à l’envoûtement,
 Murmures d’une voix détendue,
 Dans ce ruisseau scintillant
 Tu laisses glisser ton pied nu.
 Regardant sous le clair de lune
 La passion qui embrase les lacs,
 Tes ans m’apparaissent comme instants,
 L’instant mue en siècle élégiaque ».
 C’est ainsi que le bois parla,
 Au-dessus de moi, voûtes remuant ;
 Tout frémissant à son appel,
 Sortis-je du bois en souriant.
 Même si je voulais revenir,
 Ne peux plus l’appréhender…
 Où es-tu passée, mon enfance,
Qu’est devenue ta forêt ?


 
 
L’ÉGYPTE
 Le Nil roule ses flots blonds dans les campagnes envahies par les Maures
 Au-dessus se déploie le ciel de l’Egypte, tout en feu et en or,
 Sur la grève, jaunâtre et plat, le roseau pousse des profondeurs,
 Les fleurs, de vrais joyaux mis à l’air, brillent discrètement au soleil.
 D’aucunes blanches, les tiges hautes, délicates comme l’argent des neiges, merveille !
 D’autres rouges, écarlates ou bleues, telles des agates, des yeux qui pleurent.
 Et parmi les touffes de jonc à balai, vertes, épaisses et fournies,
 Des oiseaux apprivoisés dans leurs nids, déploient leurs plumes choisies,
 Gazouillent, les becs vers le soleil, batifolent avec ardeur.
 Plongé dans d’interminables rêves, jailli de sources moult sacrées,
 Le Nil roule et charrie sa légende et son miroir peu jaunet
 En direction de la tranquille mer qui submerge sa langueur.
 Ses propres berges reliant les champs bien verts, des pays féériques,
Memphis là-bas, dans le lointain, avec ses bâtiments antiques,
 Murailles étagées, rochers en surplomb – cité des géants –
 C’est là une pensée architectonique d’une belle magnificence !
 L’on a bâti montagne sur montagne, de par cette vieille arrogance,
 Pour les faire briller au soleil, on les a doublées d’argent.
 Afin que cette cité paraisse jaillie des mirages du désert,
 Des sables argentés remués par les tourbillons de poussière,
 Pareille au songe de la mer sacrée, par l’air chaud reflété
 Transmis et repris par le lointain… Là s’érigent, très arrogantes
 Et bien sempiternelles, tout comme la mort, des pyramides géantes.
 Cercueils à même de contenir une scandinave épopée.
 C’est le soir… Le Nil s’endort et les étoiles sortent des défilés,
 La lune se mire dans l’eau et, à travers les nuages, va les chasser,
 Qui aura défoncé la pyramide tout en y entrant ?
 C’est le roi : en chlamyde à fil d’or et ornée de pierres précieuses,
 Il pénètre pour passer en revue son passé. – Douloureuse,
 Son âme, lorsqu’il traverse, des yeux de l’esprit – à gué – le temps.
C’est en vain que rois gouvernent le monde avec tant de sagesse
 Car les méfaits prolifèrent, alors que le nombre des bienfaits baisse ;
 Ils ont beau chercher les sens encore mystérieux de la vie
 Ils s’engouffrent dans la nuit… et sa grande ombre vite, longuement se déploie
 Au-dessus des longs flots du Nil. Ainsi, sur ses ondes toutes en émoi,
 L’ombre des pensées du roi se projette toujours plus assombrie.
 Les fantasmes de la pyramide, la froide onde moutonnante du Nil,
 Le murmure du roseau sous la lune qui, elle, s’insinue habile,
 Tout ceci ressemble à de gigantesques gerbes de lances d’argent,
 Toutes ces grandeurs, celle de l’eau, celle du désert et celle de la nuit
 Se réunissent pour fièrement habiller ce vieil empire, puis
 Pour faire revivre dans le désert – chimères qui s’offrent menteusement.
 Le fleuve sacré nous raconte, par la bouche de ses ondes, de ses flots
 Tout le secret de sa source, sur des temps révolus, pâlots
 L’âme s’enivre des illusions qui passent à côté, à tire d’aile
 Les palmiers épars dans les prés, dorés par les rayons de la Lune
 Erigent des troncs élancés – une nuit claire, lumineuse, opportune,
 L’onde s’imagine l’écume, nuages sont dessinés sur l’eau par le ciel.
 Et dans les temples magnifiques, dont les colonnades sont en marbre blanc,
Les deux déambulent toute la nuit dans leurs immaculés vêtements.
 Et sur des harpes en argent, les prêtres accompagnent leurs motets ;
 Et sous le vent du désert, à la tombée de la fraîche, brune nuit
 Le sommet des pyramides délire et sinistrement retentit
 Et les rois gémissement sauvagement dans leurs immenses hypogées.
 L’enceinte de la bâtisse antique est surmontée par la tour maure.
 Le Mage observait et scrutait pensivement son miroir en or,
 Où les milliards d’étoiles du ciel comme dans un centre se réunissent.
 Comme sur une vraie miniature, il interroge les voies secrètes
 Et, de proche en proche, retrace les chemins trouvés de sa baguette :
 C’est le noyau du monde, où règne beauté et règne justice.
 Et il se peut bien que, pour faire mal à cette gent efféminée,
 A ces rois souillés par tant de crimes, au clergé dévergondé,
 Le Mage, gardien de la vengeance, ait lu le signe à l’envers.
 Là-dessus, le vent chassa d’énormes tourbillons de sable sauvage
 Noyant ainsi les villes, dont il fit de gigantesques sarcophages
 Pour une gent prise de torpeur, valant peu de choses à cette terre.
 L’ouragan arriva à tire-d’aile, au point que les chevaux crevèrent
 Et le Nil n’est plus là que pour abreuver les sables du désert,
Lequel envahit maintenant les champs une fois florissants,
 Memphis, Thèbes, le pays tout entier, le voilà couvert de ruines,
 Enragées, à travers le désert errent de grandes familles bédouines
 Forcées de vivre leur conte de fée épars dans ces sables mouvants.
 N’importe, tout en troublant les étoiles mirées dans les ondes du Nil
 Pendant la nuit, le rouge flamant dans l’eau doucement se faufile.
 Sur ce, la Lune rend l’antique Egypte toute entière argentine ;
 Dès lors, les âmes se mettent à rêver de toute leur histoire d’antan
 Maintes voix émergent du passé et arrivent à l’oreille du présent,
 Dans les démêlées des flots, des prophéties trouvent origine.
 Aussitôt Memphis s’élève, en songe argentin de ce désert,
 Apparition modelée par le souffle de cet orage sur terre…
 Bédouins assis dans la Lune la considèrent comme un miracle
 Tout en se disant de beaux contes de fée pleins d’étoiles et de fleurs
 Sur cette ville-ci, qui renaît du sinistre au bout d’un long labeur ;
 Des profondeurs des mers et des terres montent des sons en débâcle
.
 La mer dispose au fond de ses abîmes des cloches qu’elle sonne chaque nuit.
 Le Nil, tout au fond, de beaux vergers à pommes d’or bien mûries ;
 Tout un peuple est enseveli sous le sable du dit désert,
Mais brusquement, il se réveille en même temps que ses villes et fourmille
 Vers les palais de Memphis, dont les salles ont des lumières qui brillent ;
 Gros rires et gueuletons n’arrêtent plus, chaque nuit on se désaltère.


G L O S E

 Un temps s’en va, un autre devient
 Tout est neuf et vieux à la fois ;
 Considère le mal et le bien
 Et entre les deux arrête ton choix ;
 Espoir et crainte sont superflus
 Car nos instants restent sans lendemain ;
 Si l’on te veut, si es élu,
 N’y réponds pas, n’en fais donc rien.
 L’on n’achève pas de regarder
 Et notre ouïe n’a point de repos ;
 Est-ce possible de tout se rappeler
 Et de cueillir tout propos ?...
 Tu n’as qu’à rester de côté,
 Retrouver toi-même pour ton bien
 Au moment où, d’un pas feutré,
 Un temps s’en va, un autre devient.
 Ne point faire pencher la balance
 De ta froide et lucide pensée,
 Vers l’instant qui vite se dépense
 En masque de ta félicité,
 Qui de sa mort à lui renaît
 L’instant d’après n’est plus déjà ;
 Pour qui peut-être bien la connaît,
 Tout est vieux et neuf à la fois.
 Imagine-toi comme au théâtre
 Un spectateur dans ce grand monde ;
 Que l’on assume un rôle ou quatre,
 Tu connaîtras son jeu immonde,
 Et que l’on pleure ou se chamaille
 Dans ton coin seras plein d’entrain
 Et saisiras leur comédie :
 Considère le mal et le bien.
 L’avenir, tout comme le passé,
Sont comme les deux côtés d’une feuille,
 En toute chose la fin observer
 Peut quiconque, pourvu qu’on le veuille ;
 Tout ce qui fut ou va se passer
 L’on a tout ceci pour une fois,
 Mais c’est à toi de bien peser,
 Entre les deux arrête ton choix.
 Dès lors que tout ce qui existe
 Obéit aux mêmes lois et faits,
 Et le monde est gai ou bien triste
 Depuis nombre de milliers d’années ;
 D’autres masques, même décor, la même
 pièce,
 D’autres voix, les mêmes gammes
 corrompues,
 Trompé à tant de fois, sans cesse,
 Espoir et crainte sont superflus
.
 N’espère plus quand les misérables
 Font n’importe quoi pour triompher,
 Ils te dament le pion, les minables,
 Même si tu étais né coiffé ;
 N’aie pas peur s’ils font de leur mieux
 Pour s’arracher la proie des mains,
 Donc : ne t’acoquine pas à eux,
 Car nos instants restent sans lendemain.
 Comme sous le doux charme des sirènes,
 On tente de te prendre dans des rets ;
 Pour changer les acteurs sur scène,
 On se fait fort de te leurrer ;
 N’en fais nul cas, passe ton chemin
 Comme si de rien n’était, bourru ;
 Ne gobe point leurs propos malins
 Si l’on te veut, si es élu.
 Ne t’y frotte pas, reste en éveil,
 S’ils goûtent le blâme, garde bouche cousue ;
 Tu n’as plus besoin de conseils,
 A moins d’être pris au dépourvu ;
 Evite de boire les belles paroles ;
Un monde s’en va, un autre devient –
 Garde-toi d’aimer les fariboles.
 Détourne les yeux, n’en fais donc rien
.
 N’y réponds pas, n’en fais donc rien
 Si l’on te veut, si es élu
 Car nos instants restent sans lendemain ;
 Espoir et crainte sont superflus
 Et entre les deux arrête ton choix ;
 Considère le mal et le bien :
 Tout est neuf et vieux à la fois.
 Un temps s’en va, un autre devient.

LE SOIR, LÀ-HAUT
 Le soir, sur la colline, le buccin se lamente,
 Les troupeaux remontent, les étoiles brillent par la sente,
 Les eaux sanglotent, prenant clairement leur source aux puits ;
 Sous un acacia, tu es là qui m’attends, chérie
.
 La lune traverse le ciel, sacro-sainte et notoire,
 Tes grands yeux ont l’air de scruter les feuilles bien rares,
 Les étoiles naissent humides à même le dôme serein
 Ta poitrine brûle, de pensées ton front est bien plein.
 Les nues ruissellent, maint rayon leurs bancs importune,
 D’anciens auvents élèvent les maisons dans la lune,
 Là-bas, grince au gré du vent, le chadouf du puits
 La vallée s’embrume, flûtes murmurent dans la bergerie.
Les gens reviennent, fatigués, faux sur l’épaule,
 Depuis les champs, le tocsin sonne plus fort, comme fol,
 La vieille cloche remplit toute la soirée de sa voix,
 Mon âme, elle, se consume d’amour avec éclat.
 Ah ! sous peu, le village dans la vallée reste coi ;
 Ah ! sous peu, pour te rejoindre, moi je presse le pas ;
 Nous resterons sous l’acacia la nuit entière,
 Des heures durant je te dirai comme tu m’es chère.
 Nous deux, on couchera nos têtes l’un sur l’autre, tout beau
 Tout souriants, nous nous endormirons sous le haut
 Et vieil acacia. – Pour une nuit si accomplie,
 Qui ne paierait en échange, le prix de sa vie ?


QU’EST-CE QUE L’AMOUR ?
 Qu’est-ce que l’amour ? Un bien long
 Moment exprès pour souffrir,
 Mille larmes ne lui suffisent pas, non
 Encore plus il veut quérir.
 D’un signe d’elle, au passage reçu,
 Il fait ton âme prisonnière,
 Au point qu’on ne puisse l’oublier plus
 Durant sa vie toute entière.
 Et si, sur le seuil elle t’attend,
 Dans l’ombre des coins et retraits,
 Si l’on se retrouve en amants,
 Comme ton propre coeur le voudrait :
 D’un coup s’en vont terre et là-haut,
 Dans ton sein, le coeur palpite,
 Et tout dépend d’un seul propos
 Que, à mi-voix, elle débite.
 Un pas fait avec molle lenteur
 Te poursuit semaines durant,
 Les mains serrées avec douceur,
 Comme deux sourcils en tremblant.
 Ils te poursuivent, illuminant
 Comme le soleil et la lune,
 De jour, tant de fois revenant
 Et de nuit, ils n’en font qu’une.
 Car c’est écrit que toute ta vie
 Du dor, tu en fasses ton lot,
 Car pareillement il t’a saisi
 A ces lianes poussant dans l’eau.

COMBIEN DE FOIS, MON AMOUR
 Toutes les fois, ô, mon amour, que nous deux je me rappelle,
 Un vrai océan de glaciers se présente à mon appel :
 Là-haut, à même la voûte céleste, la moindre étoile se cache,
 Juste dans les grands lointains, la lune dorée forme comme une tache ;
 Et au-dessus des milliers de glaçons par les vagues charriés
 Un oiseau plane, les survole de ses ailes très fatiguées,
 Alors que son couple préféra aller de l’avant
 En compagnie d’autres volées se perdant au Ponant,
 Il le poursuit d’un doux regard, rempli de compassion,
 Ne le regrette, ni ne s’en réjouit… c’est son extinction,
 Tout en rêvant de remonter dans le temps, au jeune âge.
 …………………………………………………………..

Ô, QUELS LOINTAINS NOUS SÉPARENT…
 Je suis fort loin de toi et, tout seul au coin de l’âtre,
 Revois par la pensée ma vie de malheur, grisâtre,
 Il me semble avoir vécu quatre-vingt ans, toute une vie,
 Etre vieux comme l’hiver et que tu as déjà péri,
 Le souvenir fonce sur mon âme, il va et revient
 Tout en éveillant dans mon esprit ces anciens riens ;
 De ses doigts, à ma fenêtre le vent vient se suspendre,
 Me revient par la tête le fil de nos histoires tendres,
 Alors, comme dans les brumes, devant mes yeux tu repasses
 Tes grands yeux baignés de larmes, tes frêles mains comme de glace ;
 De tes deux bras ensemble, tu te suspends à mon cou
 Comme pour me dire quelque chose… puis tu soupires, comme à bout…
 Je te serre sur mon sein, mon avoir d’amours, de beau,
 C’est par accolades qu’on réunit nos vies, nos pauvres lots…
 O, puisse le souvenir rester toujours interdit,
Afin d’oublier la chance dont, un moment, j’ai joui,
 Pour t’oublier toi qui, d’un coup, à mes bras t’arrachas…
 Je serai seul et vieux, tu seras déjà morte, toi !


LE LONG DE CES PEUPLIERS
 IMPAIRS


 Le long de ces peupliers impairs,
 Je suis souvent passé ;
 L’on savait de quoi j’avais l’air,
 Tu ne le sus jamais.
 Ta haute fenêtre qui scintillait
 Je la fixais aussi ;
 Tout un chacun le comprenait,
 Jamais tu ne compris.
 Combien de fois donc j’attendais
 Une réponse-chuchotis !
 Un jour de vie m’eusses-tu donné,
 Un seul jour m’eût suffi ;
 Ne fût-ce qu’une seule heure d’amitié
 Où l’on s’aime avec dor,
 La voix de ta bouche écouter
 Une heure, et j’acceptais la mort.
 Ton oeil serein m’eût-il offert
 Un seul rayon, exprès,
 Au rebours de ces temps contraires
 Une étoile s’allumait.
 Tu eusses vécu à tout jamais,
 A tour de rôle, mainte vie ;
 Tes deux bras joints et comme glacés,
 Tu figes en marbre exquis,
 Un visage toujours adoré
 Et qui reste sans égaux,
 Tout pareil à ceux des fées
 Des temps immémoriaux.
 Car je t’aimais d’un oeil païen
Brûlant et bien souffrant,
 Que me léguèrent, par les anciens,
 Les parents de mes parents.
 Aujourd’hui, je ne regrette pas
 D’y passer plus rarement,
 Que tristement, tu tournes la tête, ah !
 Après moi, vainement,
 Tu es comme les autres, pareillement,
 Tant ton ombre, que ton port,
 Et je t’observe impassiblement,
 Du froid regard d’un mort.
 C’est toi qui devais t’embraser
 De ce charme salutaire,
 De nuit, la chandelle allumer
 De l’amour sur la terre.

MON ANGE GARDIEN
 Alors que, de nuit, mon âme veillait en extase(s),
 Je contemplais, comme en rêve, mon ange gardien,
 Ceint d’une chlamyde d’ombres et de rayons qui s’embrasent,
 Au-dessus de moi ses ailes il déploya, serein ;
 Dès que tu parus, d’un pâle vêtement habillée,
 La fille, dominée par le dor et le secret,
 L’ange s’enfuit, vaincu par ton oeil, en un rien.
 Serais-tu un démon, la fille, pour qu’un regard
 De tes longs cils, de ton grand oeil qui étincelle
 Fit prendre son envol à mon ange gardien, hagard,
 Qui me veillait saintement, en fidèle ami ?
 Ou bien !... Oh, referme alors tes longs cils fatals
 Afin que je puisse reconnaître tes traits bien pâles,
 Car tu es bien lui.

MON AMOUR SECRET
 Aimant secrètement, je gardai le silence
 En m’imaginant que cela te plaisait,
 Dans tes yeux je lisais une éternité
 Débordant de meurtriers rêves de jouissance.
 Mais je n’en peux plus. L’intensité du dor
 Confère un certain sens à ces tendres mystères
 ; Je voudrais me noyer dans le doux transport
 De cette âme qui sait de quoi la mienne a l’air.
 Ne vois-tu pas que ma bouche est altérée
 Et dans mes yeux enfiévrés on lit ma peine,
 Toi, encore enfant, aux longs cheveux dorés ?
 D’un seul souffle tien, tu soulages toute ma gêne,
 Ton sourire grise, rend incertaine ma pensée.
 Mets une fin au tourment… Viens vers moi, m’entraîne !

ODE (EN MÈTRE ANTIQUE)
 Je ne pensais apprendre à mourir un jour ;
 Toujours jeune, enveloppé dans mon manteau,
 Je levais mes yeux, tout rêveur, à l’étoile
 De la solitude.
 Lorsque, d’un coup, tu parus sur mon chemin,
 Toi, la souffrance, douloureusement agréable…
 Je vidai donc tout le calice de la mort
 Trop impitoyable.
 Je brûle vif, piteusement, martyr comme
 Nessus
 Ou comme Hercule empoisonné par l’habit ;
 Ce feu ne puis l’éteindre, même en appelant
 Aux flots de la mer.
 Mon propre rêve me dévore et moult je soupire,
 Sur mon propre bûcher, je fonds bien dans les
 flammes…
 Puis-je un jour, dans la lumière ressusciter
 Comme l’Oiseau Phoenix ?
 Que les yeux troublants s’évanouissent dans la voie,
 Toi, triste indifférence, reviens sur mon sein ;
 Afin que je puisse quitter ce monde en paix,
 Rends-moi à moi-même !

MORTUA EST
 En flambeau qui veille sur les tombeaux détrempés,
 En vrai son poussé par les cloches aux heures sacrées,
 En véritable rêve qui mouille son aile dans l’amer,
 De la sorte as-tu franchi les terrestres frontières.
 Tu arrives lorsque le ciel est un champ bien clair,
 Embelli par fleuves de lait et fleurs de lumière,
 Et que les noires nuées ressemblent à de sombres palais,
 Par la reine qu’est la Lune, tour à tour visités.
 Je te vois comme une ombre éclatante, argentée,
 Cheminant vers les cieux, tes ailes larges déployées,
 Gravissant, âme bien pâle, l’échafaudage des voiles
 A travers pluies de rayons et mainte neige d’étoiles.
Un rayon t’élève, une chanson te montre la voie,
 Tes bras marmoréens sur ta poitrine mis en croix,
 Quand les quenouilles font entendre leur ronron si clair
 L’argent fait briller l’eau, et en or est tout l’air
.
 Je vois ton âme candide les espaces traverser
 Et considère le limon qui reste… blanc et frais,
 Couché dans le cercueil, dans son long vêtement,
 Je l’observe, ton sourire, qui est encore vivant –
 Demande à son âme blessée par le doute qui râle :
 Pourquoi es-tu mort, ange doué d’un visage bien pâle ?
 Ne fus-tu jeune dans le temps, ne fus-tu gracieuse ?
 Es-tu partie pour éteindre une étoile radieuse ?
 Même s’il y a des châteaux, n’importe, c’est en vain,
 Peu me chaut des voûtes d’or, bâties d’astres opalins,
 Riches de rivières de feu et de ponts en argent
 De rivages en myrrhe, de fleurs nous offrant leur chant ;
 Tu ne devrais y passer, ma sacro-sainte reine,
De tes cheveux-rayons, de ton oeillade sereine,
 De ton vêtement azurin, richement mordoré
 Ni de ton pâle front ceint d’une couronne de lauriers.
 La mort est un chaos, étoiles formant une mer,
 Alors que la vie – une mare de rêves volontaires ;
 La mort est un siècle de soleils enjolivé,
 Et la vie – un conte de fée, désert et mauvais. –
 Ou peut-être… ô ! Ma tête est déserte, désolée,
 Les mauvaises pensées mettent une fin aux bonnes pensées…
 Quand les soleils s’éteignent et les astres tombent en vain,
 Je suis porté à croire que tout est un grand rien.
 Il se peut bien qu’un jour, la voûte d’en haut se crève,
 Le rien nous tombe dessus et sa longue nuit, sans trêve,
 Que je voie le ciel noir qui ses lumières grabèle
 Comme des proies éphémères de la mort éternelle…
 Et alors, s’il en est ainsi… à tout jamais
 Ton chaud souffle ne la fera pas ressusciter,
Et ta douce voix reste pour toujours muette, inhabile…
 Alors, cet ange ne fut rien d’autre que de l’argile.
 Et pourtant, toi, argile jolie et par trop morte
 Contre ton cercueil, j’appuie ma harpe et m’en déporte
 Et je ne pleure plus ta mort, encore félicite
 Un rayon évadé du chaos – mondain site.
 Et puis, qui saurait faire son choix et faire son tri
 Entre être ou ne pas être… pourtant, sait n’importe qui
 Que ce qui n’est pas, n’éprouve aucune douleur,
 La souffrance règne partout, il reste peu de bonheur.
 Être ? Une triste folie, fruit du néant, qui s’estompe ;
 L’oreille vous ment, et l’oeil vous donne le change, vous trompe ;
 Ce qu’un siècle enseigne, d’autres contredisent avec dédain.
 Plutôt qu’un rêve sans queue ni tête, mieux vaut rien.
 Je remarque des rêves réalisés d’autres rêves chassant,
 Jusqu’au point de tomber dans les tombeaux béants ;
 J’ignore comment vais-je affaiblir mes pensées :

JE N’AI PLUS QU’UN SEUL DOR
 Je n’ai plus qu’un seul dor :
 Au silence du Ponant,
 Je veux trouver la mort
 Sur la rive d’un océan ;
 Dormir en olympien
 Auprès des bois bien hauts,
 Et à même les vastes eaux
 Revoir un ciel serein.
 Ne veux pas de drapeaux,
 Ni d’un cercueil nanti,
 Mais tressez-moi un lit
 Avec de jeunes rameaux.
 Et personne après moi
 Ne pleure à mon chevet,
 Juste en automne, donne voix
 Au feuillage trop fané.
 Quand bruyamment et sans fin
 Les sources s’écoulent et crissent,
 Que la lune vienne et glisse
 Sur les cimes des sapins.
 Que les campanes perdurent
 En dépit du vent frais,
 Que le tilleul sacré
 Sur moi hoche sa verdure.
 
Par amour m’enneigeront
 Toutes sortes de souvenirs.
 Astres du jour, en or
 Depuis l’ombre des sapins,
 Puisqu’ils sont mes copains,
 Me souriront encore.
 Gémira de passions
 Le rude chant de la mer,
 Mais je serai sous terre
 Dans mon abandon.

VOILÀ CE QUE JE TE SOUHAITE, MA DOUCE
ROUMANIE

 Qu’est-ce que je te souhaite donc, ma douce Roumanie,
 Pays glorieux, qui inspires langueur, désirs ?
 D’avoir les bras nerveux armés contre l’ennemi,
 Illustre comme ton passé, puisse être ton avenir !
 Que bouille le vin dans les coupes, s’écume dans les verres,
 S’il plaît à tes braves gars de faire ainsi la fête ;
 Car le rocher résiste, même si le flot se perd,
 Ma douce Roumanie, c’est ce que je te souhaite
.
 Puisse nourrir rêves de vengeance, noirs comme le charbon
 Que ton épée fumante suinte le sang ennemi,
 Et qu’au-dessus de l’Hydre, enrage comme l’Aquilon
 Ton rêve de gloire flotte tout fier, triomphalement.
 Que tes drapeaux tricolores disent sur toute la terre
 Ce qu’est le brave peuple roumain, d’une voix bien nette,
Quand s’allume, pour une sainte cause, sa chaste colère -
 Ma douce Roumanie, c’est ce que je te souhaite.
 Autant l’ange de l’amour, autant l’ange de la paix
 Sur l’autel des vestales secrètement sourient,
 Mars en pleine gloire, ils réussissent à aveugler,
 Qui parcourt le monde, de sa lampe l’éclaircit,
 Que sur ton sein vierge, il descende encore du ciel
 Y goutte le bonheur du paradis en fête,
 Toi, donne-lui l’accolade, bâtis-lui des autels,
 Ma douce Roumanie, c’est ce que je te souhaite.
 Qu’est-ce que je te souhaite donc, ma douce Roumanie,
 Toute jeune belle mariée, déjà mère dévouée !
 Puissent tes fils vivre en frères, seulement en harmonie
 Comme les astres de la nuit, comme l’aube des journées,
 Vivre éternellement dans la gloire et le bonheur,
 Des armes redoutables, une âme roumaine parfaite,
 Faire des rêves de fortitude, d’orgueil et d’honneur
 Ma douce Roumanie, c’est ce que je te souhaite !

QUE T’AGITES-TU…
 (Que t’ondoies-tu…)
 - Que t’agites-tu, ma forêt,
 Il ne pleut, ne fait du vent,
 Tes branches vers le sol ployant ?
 - Comment ne pas m’agiter ?
 Mon temps va bientôt passer !
 Le jour décroît, la nuit rallonge
 Mon feuillage est bien rare, qui plonge.
 Le vent souffle, qui mes feuilles effrite -
 Et fait prendre aux chanteurs la fuite.
 Le vent enrage d’un tout autre coin –
 L’hiver est là, l’été – bien loin.
 Et pourquoi ne pas ployer,
 Si les oiseaux m’ont quitté !
 Au-dessus de mes ramées,
 Hirondelles passent en volées,
 En emportant toutes mes pensées -
 Jusqu’à ma chance s’est envolée.
 Et s’en vont leur tour venant,
 L’horizon obscurcissant,
 S’en vont en instants cruels
 Tout en secouant leurs ailes,
 Et m’abandonnent anéantie,
 Toute fanée et engourdie,
 Seule avec mon dor à moi -
 Qui m’accompagne aux abois !

TOUT ENFANT, LES HAUTS
 BOIS JE PARCOURAIS
 Tout enfant, les hauts bois je parcourais
 Et, près de la source, me couchais souvent,
 Et mon bras droit sous ma tête je mettais
 Afin d’entendre l’eau couler doucement :
 Un doux frémissement les branches parcourait
 Et un arôme venait, fort inébriant.
 Des nuits entières trouvais-je ainsi hutteau,
 Doucement assisté par la voix des flots.
 La lune se lève, me tape dans les yeux, en plein,
 Un paradis j’observe, d’un coup d’oeil jeté,
 Dans les champs, un voile de brouillard argentin,
 Eclats au ciel, fulgence sur eaux étalée ;
 Un buccin chante secrètement, tout serein,
 Son chant se fait entendre de plus en plus près…
 Foulant les feuilles sèches, au ras de l’herbe légère
 Je pensais entendre venir, par groupes, les cerfs.
 À côté de moi, un vieux tilleul se crève,
 L’instant d’après, il en sort une jeune princesse ;
 Se noyaient dans les larmes, les yeux pleins de rêves,
 Le front couronné d’une écharpe bien épaisse,
 Les yeux bien grands, les lèvres à peine se soulèvent ;
 Comme en sommeil, marche avec délicatesse,
 Marchant sur la pointe des escarpins d’or,
 Me rejoint et me regarde avec dor.
 Et oh, elle était tellement merveilleuse,
 Comme juste en rêve, une fois, il t’est donné :
 Un ange aimable, qui exhibe sa face radieuse,
 Venu du ciel, accepte d’être regardé ;
 Et sa chevelure blonde et moelleuse, toute soyeuse
 Ses joues blanches, ses épaules aux yeux offrait.
 À travers ses vêtements fins et déliés,
 Tout son corps candide peut être admiré.

Ô, MAMAN…
 O, mère, ma douce mère, d’un intemporel au-delà
 Tu m’appelles, le frémissement des feuilles emprunte ta voix ;
 Au-dessus de la noire crypte du tombeau suréminent,
 Les acacias se secouent, écartent automne et vent,
 Entrechoquent tout doux leurs ramures en imitant ta voix,
 Ils le feront sans cesse, mais toujours tu dormiras.
 Quand serai mort, bien-aimée, ne pleure à mon chevet ;
 Du tilleul doux et sacré, une branche va-t-en casser,
 A mon chevet, soigneusement, va-t-en donc l’enfouir,
 Qu’au-dessus d’elle, puissent les larmes de tes yeux jaillir ;
 Un beau jour, je saurai qu’elle me protège du soleil…
 Son ombre croîtra toujours, toujours serai-je en sommeil.
 Et si, par hasard, ensemble fermera-t-on la paupière,
Que l’on ne nous porte mie entre les tristes murs d’un cimetière,
 Que l’on creuse notre tombe sur le rivage de quelque ruisseau,
 Et qu’on nous porte en terre dans le même unique tombeau ;
 A tout jamais, toi tu seras bien près de mon coeur…
 Cette eau pleurera toujours, nous dormirons à toute heure.

 
Produs Port@Leu | ISSN 1842 - 9971