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Mihai BERCA: AVENTURA BOBULUI DE GRÂU
CINE IMPULSIONEAZĂ HAOSULÎN CONTEMPORANEITATE ? - Adrian Botez: Bravada neruşinată, Viruşi ai haosului internaţional subliniaţi de presa străină: News Week despre modelul de afaceri al FMI, REALITATI CONSEMNATE DE ZIARUL „DAILY MAIL”, Acesti oameni josnici au condus si conduc lumea, Rockefeller si elita mondiala- Interviu cu Alfred Lambremont Webre - directorul Institutului pentru Cooperare in Spatiu (ICS)- PARTEA I
CINE IMPULSIONEAZĂ HAOSUL IN CONTEMPORANEITATE? - PARTEA II
CINE IMPULSIONEAZĂ HAOSUL IN CONTEMPORANEITATE? - PARTEA III
Delincvența haosului intern : DE LA STAREA GENERALĂ LA CE A ADUS „PUNCTUAL” BACALAUREATUL 2011 – articole de Adrian Majuru, acad.Florin Constantiniu, acad. Dinu C. Giurăscu, Ion Longin Popescu, Georgeta Resteman, Magdalena Albu, Adrian Botez, Viorfel Băetu, Daniel Roxin.
Delincvența haosului intern : DE LA STAREA GENERALĂ LA CE A ADUS „PUNCTUAL” BACALAUREATUL 2011 - continuare I
Delincvența haosului intern : DE LA STAREA GENERALĂ LA CE A ADUS „PUNCTUAL” BACALAUREATUL 2011 - continuare II
IN LOC DE CONCLUZII, O PĂRERE PRIVIND EVOLUȚIA ÎNVĂȚĂMÂNTULUI
EMINESCOLOGIA PRACTICATĂ CU PROFESIONALISM ȘI DĂRUIRE POETICĂ DE LUCIA OLARU NENATI
DIN NOU DESPRE FĂNUŞ: CUVINTE PENTRU FĂNUŞ NEAGU ŞI DESPRE VREMURILE NOASTRE, de Darie Novăceanu
ŞI TOT CĂTRE FĂNUŞ MĂ-NDREPT… de Corneliu Leu
ASTĂZI E ZIUA TA de Ramona Vintilă
O CARTE DESPRE VISUL ROMÂNILOR CĂ: „VIN AMERICANII”
CĂLĂUL LUI DRACULA A DEVENIT „DRACULA`S EXECUTIONER”
La femme même reine…
SOLUŢIA MERITOCRATICĂ
POEZIA ROMÂNĂ ÎN LIMBILE LUMII - OCTAVIAN GOGA ÎN VERSIUNEA FRANCEZĂ A LUI CONSTANTIN FROSIN
DAN LUPESCU LA 62 DE ANI
NOI APARITII EDITORIALE ALE AUTORILOR: Melania CUC, George BACIU, Stefan DORU DANCUS, Emil ISTOCESCU, Samson IANCU, Veronica STIR, Doina DRAGUT, Gheorghe Andrei NEAGU, Ion CATRINA, RECENZATE DE: Victor STIR, Daniel DEJANU, Ioamna STUPARU, Al. Florin TENE, Melania CUC, Georgeta NEDELCU, Tudor CICU, Veturia COLCEAG - Partea I
NOI APARIŢII EDITORIALE - Partea II
DISTINSUL POET DIMITRIE GRAMA PROPUNE O DEZBATERE PE TEMA RELIGIEI, A OMULUI MASINĂ ŞI A VIITORULUI OMENIRII
MOARTEA UMANISMULUI ATEU de Corneliu Drinovan
DIN FOLCLORUL INTERNETULUI - Partea I
Partea II
Rubrica lui Ionut Caragea
SECUNDO TEMPO - DIN FOLCLORUL INTERNETULUI - partea I
Rubrica lui Ioan Lilă
 

Corneliu   LEU                                  

                                                  La femme même reine…


                                                                                                 Version francaise par Daniela Radi

    Passée de ces deux cinq, c’est-à-dire celui de l’âge, qui marqua sa moitié du siècle ainsi que celui qui lui additionna d’autres années, l’hôtesse à l’esprit vif du plus mondain salon parisien, consciente en même temps de l’autorité et de l’attraction exercées sur le monde des idées et des arts du deuxième Empire était, cependant, consciente aussi, de son âge ; une chose assez rare pour les femmes gâtées, même très intelligentes. A part le froissement de vêtements en soie très chère et l’ostentation de montrer son visage fardé avec insistance, acceptée pour l’épouse d’un peintre recherché pour décorer les constructions somptueuses, somptueuse elle aussi par ses manières et par la liberté des idées qu’elle n’hésitait pas à affirmer en public, elle savait souligner par ses opinions osées son rang intellectuel mais, en même temps, se garder, comme une dame arrivée à un certain âge et à des influences politiques. Elle ne dépassait jamais les limites, comme n’importe quelle française elle savait provoquer et accepter les compliments mis en valeur par son art de flirter, sans pour autant se permettre des coquetteries de mauvais goût, comme les petites vieilles vaniteuses et gourmandes qui oublient qu’elles ne sont plus des petites filles et se laissent pousser vers des espoirs d’amour dans ce Paris si prometteur qui, avec la grande science de la frivolité, est parvenu à lever les standards amoureux bien au-dessus des coutumes habituelles. Ce Paris-là, sans préjugés, offrant des midinettes voluptueuses pour les vieillards presque dingues, mais jouissant du terme italien de gigolo conféré aux beaux gosses qui ne se souciaient pas des peaux pendantes de celles qui, en dépits de leur âge, voulaient jouer encore les courtisanes.
C’était une vraie reine dans son salon bondé des grandes célébrités de l’époque et, en même temps, d’idées d’avant-garde qu’elles adoptaient, et n’hésitant pas à cultiver avec audace celles les plus révolutionnaires, ce qui lui avait donné la force de renoncer aux quatre millions de francs que, pour lui confirmer la réconciliation absolue, l’empereur Napoléon III les lui avait offerts. Certains disaient qu’ils étaient frère et sœur, sa mère à elle étant la nourrice de celui qui est arrivé empereur. D’autres en doutaient, la différence entre eux étant d’un peu plus d’un an. Une seule chose semblait claire : l’actuel empereur avait été désigné comme parrain lorsque la famille de Louis Bonaparte, le roi des Pays Bas, avait décidé de baptiser la fille de ses servants. De ce fait, voué dans son enfance à être son parrain, alors que sa mère donna son propre nom, Hortense, à la fille de la servante choisie d’être sa femme de chambre, il fut aidé dès son jeune âge par celle-ci et son époux, le peintre Cornu, dans la période pendant laquelle Louis Philippe l’avait condamné à la prison à vie, étant fâché sur elle, plus tard, lorsqu’elle s’était ralliée à ceux qui le huaient pour s’être autoproclamé Empereur, alors qu’il était Président de la République – pour lui confirmer donc la réconciliation par laquelle il l’avait attirée comme brillante dame de compagnie et soutien intellectuel à la Cour, Napoléon s’est offert de lui subventionner les dépenses de son élitiste salon. Puisque l’Empire aussi,  acquérant l’importance européenne donnée par sa stabilité, détermina de nombreux révolutionnaires de 1848 de vouloir s’approcher à nouveau de leur ancien combattant qui se couronné en les trahissant mais, en même temps, Napoléon III avait des ambitions d’auteur, publiant son Traité sur l’artillerie, dont le langage a été corrigé par cette distinguée littéraire et, maintenant, il voulait écrire un livre sur Jules César, peut-être juste pour se comparer avec celui-là. Il avait donc besoin du talent d’écriture de Madame Hortense Cornu ou bien, peut-être, à travers celle-ci, même de celui d’autres bien plus grands écrivains, desquels il pourrait emprunter un style de génie ayant sa signature impériale et de combattre Victor Hugo qui, depuis son exil à Londres, ne voulait pas le pardonner ni abandonner le sarcasme des pamphlets dans lesquelles il le nommait « Napoléon le petit ».
Hortense Cornu, née Delacroix de la servante de sa mère, la reine Hortense de Louis Bonaparte mis par Napoléon Ier sur le trône de Pays Bas, en héritant l’intelligence naturelle et la soif d’ascension de la famille très simple de laquelle elle provenait et, par-dessus tout, bénéficiant aussi de l’éducation aux côtés des enfants des familles princières, du talent littéraire et d’intelligence politique qu’elle avait déjà prouvés à elle-même, elle aurait pu lui être d’un grand usage. Comme une bonapartiste de deux génération au moins, les honneurs de la Cour ne lui étant pas indifférentes, elle avait accepté d’aider Napoléon à écrire son livre mais, moralement comme matériellement, elle avait calculé un bien plus grand gain que la somme offerte : une autorité politique de ses idées. Elle refusait donc celle-ci, en répondant à l’empereur avec une malicieuse persuasion : « Je veux être libre, Majesté, afin de pouvoir vous faire part des vérités dont vous avez si besoin »… Etant, à une époque, des enfants qui jouaient ensemble, ensuite des jeunes antiroyalistes au temps de la Restauration, puis des souteneurs des libertés de 1848, ils ont trouvé suffisamment d’éléments de réconciliation et l’Empereur, ainsi que celle qui lui devenait égérie, en remportant une prestance aux Tuileries et agrandir, de cette manière, la prestance de son propre salon littéraire.
Digne, intelligente, ayant un bien plus fort sens féminin de relations bien réglés que celui de coquetteries superficielles qui ne nous sied pas au-delà d’un certain âge, pouvant dire  qu’elle est non seulement supérieure aux autres femmes, mais même que les hommes la sentaient beaucoup plus qu’une égale, elle savait s’impliquer dans les arrangements politiques, non comme une courtisane, mais comme un vrai tireur de ficelles, féminin juste par la délicatesse de ses gestes parfumés avec lesquelles elle traitait des affaires parfois compliquées, depuis les grandes  commandes de peinture officielle pour son époux et tous les compères artistes, jusqu’à l’influence du deuxième Empire sur d’autres pays et maisons royales.
Dans un sens pareil, peut-être, elle dit à celui qui était assis sur le prétentieux fauteuil se trouvant devant elle, posé et détendu, sans agacement, mais aussi poli, sans le manque d’intérêt montré par ces êtres nonchalants de salon qui savent exposer l’élégance bien plus que leurs bon sens :
- C’est bien !...C’est bien que je résous aussi le problème d’un pays comme le vôtre, mais en même temps résous pour ma chère petite Joséphine la situation des princes appauvris. Parce que le prince, son mari, Charles-Antoine, est pareil à son nom, tel deux morceaux de bois rigides ! Il est radin, peut-être dû au fait qu’il est issu d’une branche plus pauvre de sa famille ; il n’est pas si capable d’être un grand commandant ou d’arriver à nouveau Ministre ; il est obséquieux avec son cousin le roi Wilhelm, pour qu’il lui donne un petit gagne-pain comme celui de Düsseldorf, mais il n’hésite pas à piquer quelques sous de la vente des secrets à Napoléon; il essaie des affaires des voies ferrés, mais il a été  trop peu de temps chef du Gouvernement pour pouvoir aboutir financièrement et il ne peut donc  pas donner aux garçons un revenu digne de leur rang. C’est pour cette raison que Charles, de qui on parle, a pleuré sur mon épaule à cause d’Anna Murat qui s’est mariée au duc de Noailles, alors que la pauvre Joséphine, qui est une Beauharnais comme sa mère, Stéphanie, descendante de Joséphine du Napoléon le Grand, n’arrive pas à le guérir de son amour néfaste, dans lequel tombent les hommes sans imagination. Ceci est propre aux allemands et c’est pourquoi j’avais traduit « Les souffrances de jeune Werther » : il s’en lamente comme s’ il n’existait pas une autre femme !...Mais Goethe était génial et a donné beaucoup de poésie au drame, en tant que ceux-ci, les banaux gourmands d’argent de Sigmaringen, l’on descendue au niveau d’affaires sournois : Charles, l’amoureux, a joué en bourse pour s’enrichir et il a perdu quelque cinquante-cinq mille francs ; Antoine, le père radin, a fait une crise et l’a consigné au domicile, avec un comptable veilleur en le forçant à produire de l’argent à partir de rien ; tout s’est réduit, comme leur âme sèche, à l’argent et aux affaires, avec aucune des hautes émotions de Goethe ! Des allemands stupides, mesquins et délurés… Ce jeune-homme-là a aussi eu peur de perdre de l’argent et n’a maintenant plus envie d’amour.
- Et celle qui soufre, est votre amie Joséphine de Hohenzollern –Sigmaringen.- préfigura Brătianu ces choses ou bien il eut l’intelligence d’offrir une excuse à sa partenaire de discussion.
- Bien sûr ; elle est bien une Beauharnais quoi !... Je pense qu’elle se mariée à l’allemand par nécessité et son ainé ressemble assez bien à notre Empereur. Tu sais, entre cousins cela arrive parfois et cette famille de Bonaparte est mélangée, exactement comme cela, à des progénitures de Joséphine du Napoléon le Grand. Mais le roi Louis, le père du  Napoléon III était le frère du Napoléon Ier mais, en même temps, c’était aussi son gendre, parce-que Hortense, ma marraine, était la fille du premier mariage de Joséphine, adoptée légalement par Napoléon Ier !...
- Ah ! –cria Brătianu cette interjection moins bien contrôlée et, se rendant compte, se corrigea rapidement : Au fond, je voulais dire, chère Madame, je commence à comprendre ces raisons impériales.
Puis elle, sans se montrer bouleversée, renonçant à son comportement contrôlé, demanda comme au marché :
- Quoi donc, ne croyez-vous pas que ceci est un avantage pour le soutien dont votre pays a besoin ?!
Chevalier parfait du jeu politique, Brătianu préféra se taire et lui faire un baisemain affectueux.
Sans lui déplaire, l’élégante dame se permit un geste vif et coquète, pointant son doigt vers le charmant homme, apparemment sanguin, au visage dédaigneux, qui se complète bien avec ses gestes de bon sens, d’un homme sûr de soi et expérimenté en relations. Elle précisa :
- Vous avez, donc, une double mission, Monsieur Brătianu, pour porter sur votre dos un roi pareil, qui vous sera reconnaissant !... Étant donné que vous allez également lui présenter les secrets de son nouveau pays mais aussi, peut-être, les secrets d’une femme qui parviendrait à le sortir de cette mélancolie piteuse de l’homme qui tombe au premier coup amoureux et pense qu’il n’existe plus une deuxième femme au monde… Qu’en dites-vous ?... Il serait impossible que vous ne trouviez pas une petite roumaine pétillante et pleine de vie; ça fera du bien à votre politique d’homme dédié au pays !
Brătianu répondit avec politesse, très équilibré dans ses mouvements sûrs et, ayant l’air de celui qui sait ce qu’il veut, tenta une résistance éloignée :
- Avec tout le respect, Madame, je vous informe que nous, depuis dix ans avons proposé un prince étranger, pour la simple raison de ne pas l’unir par mariage à une de nos propres familles et ainsi de rester objectif, comme souverain de tous les Roumains, sans préférences pour les uns ou pour les autres.
- Oh, que c’est beau, très beau comme réalisme politique ! – elle ne cacha pas du tout l’admiration, cette femme encore belle qui l’observa avec d’agréables et intéressants regards cet homme, plus jeune qu’elle – Et reformula sa tactique : Eh ! Nous allons trouver. Quoi, ne trouve-t-on pas de femmes dans ce monde ?!...Qu’il en soit capable ! – et, à nouveau, elle manifesta ses convictions ou ses expériences de parisienne méprisante envers les hommes gringalets : Qu’il ne soit pas trop allemand ! Vous savez, je pense qu’il est aussi rigide et enfermé que son père ; c’est bien le sort des hommes maladroits avec les femmes !... – Puis elle ajute vite : Mais, celui-ci ne peut pas être considéré comme défaut pour un prince souverain, mais tout le contraire! Vous allez apporter sur le trône un gérant sobre qui, étant aussi un chevalier, ouvre des portes vers d'autres maisons royales et cela, dans votre avantage. Pour tous ces détails, ne vous inquiétez pas, je m’en occupe avec Joséphine qui, comme je vous le disais : est une Beauharnais et compense l’insipide prussien. Sa mère, Stéphanie, a été la cousine de ma marraine adoptée par le grand Bonaparte…
Polit, l’homme aux regards droits et gestes réservés, sûr de lui, sans aucune inaptitude, au belles joues, saines, comme chez les enfants que t’as envie de baiser, se permettait, d’une manière très spécifique, celle de se démontrer à lui-même qu’il n’a pas peur de la sincérité de demander ce que, au fait, le torture depuis très longtemps.
- Dois-je comprendre, donc, Madame et distinguée protectrice, que, en parlant de Philippe de Flandre, les choses sont…
- C’est ne pas la peine. On lui avait dit qu'il est hors de question.
- « On » ?
- Oui, on lui avait dit.
- L’empereur ?
- Peut-être bien plus que l’empereur !
- Pourrait-il être question de ce qu’on dit sur le Loges ?
- Et que c’est qu’on dit sur les Loges ? – demandait-elle amusée, scrutant son visage d’homme robuste avec les mêmes agréables-intéressants regards.
- Qu'il est la seule tête couronnée ayant une influence aussi sur les Loges.
- Possible – répondit elle en démontrant qu’elle n’était pas contre une telle affirmation – possible que tous ces changements de l’Europe puissent imposer une pareille chose. Mais il ne faut pas oublier ce rituel écossais ni le fait qu'il y a une maison royale qui est aussi à l’Écosse !
- Bon, mais…
Coquetant, peut-être d’une mise en branle innée, peut-être pour changer la discussion, faible mais révélatrice, elle lui toucha la main laissant le geste se prolonger comme si elle avait attendu de transmettre la chaleur de l’impulsion :
- Mon cher, sur ce thème, je ne sais rien de plus. Je suis une femme et, comme vous le savez, je n’ai pas accès au Loges. – Et elle fit un jeu de mots : C’est à peine maintenant que l’Europe découvre « les vertus de l'esprit féminin »… Je ne peux vous dire qu'une seule chose : Que le roi de la Belgique est apparenté à la maison d’Orléans, l’ennemie qu’on a éloignée du trône, en conséquence l’Empereur ne vous recommande pas son frère.
- Dès lors, il nous recommande quelqu’un provenant de la famille de Wilhelm de Prusse, avec lequel Napoléon a été et sera en conflit ?
- Mais pourquoi pensez-vous juste à l’insipide prince paternel qui, assez pingre, ne semble pas être indifférent à ce qu'il peut tirer de Napoléon contre certains services ? Pourquoi ne pensez-vous pas à Joséphine, à qui son sang crie « Vive la France » ?!... Ou, au mois, pensez au jeune prince, qui a fait une passion troublante pour la nièce de celui qui a été notre glorieux Murat et, s'il n'avait pas été stoppé, toujours par son même trouillard de père qui, lui a tout de suite annoncé qu’il n’a pas assez d’argent que pour vivre à Paris avec une femme du  grand monde, il aurait été rapidement disposé à devenir citoyen Français.
- Vraiment ?
- Vraiment, mon petit ! – répondit gaiement la distinguée dame ne résistant plus à la tentation et lui caressant doucement, du bout des ongles, cette joue d’homme vigoureux, élevé comme les arbres des vergers ensoleillés. – Réalisez : le roi, qu’on veuille ou non les prendre en considération, ces rois, pour le choisir, il doit être une chance, et non un obstacle. Celui-là a été le favori de Napoléon, le fils d’Hortense, dont je porte le nom, une Beauharnais. Joséphine est aussi une Beauharnais, une sorte de cousine… En plus, je vous le disais : on dit que l’empereur, qui n’est certainement pas un saint… Allez, on va laisser cette histoire, je vais plutôt vous raconter une autre plus drôle, mon petit : L’empereur, notre ancien de ’48, dit toujours : « Je ne conquiers pas les femmes ; je m'en défends mais, parfois, je capitule ! »… Ha, ha ! Qu'en dites-vous ?...
- J’ai toujours apprécié l’esprit français ; je peux même dire même que je l’aime, c’est à mon goût ! – répondit l'homme, sans crainte de montrer une attitude coquette, comme il se doit d'aborder, humainement, les appréciations d'une dame très distinguée.
Alors, moyennant une habilité politique, il attaqua par tous ses moyens de franchise et sincérité :
- Ma bien distinguée protectrice, comme vous avez relaté cette réflexion osé de  « qu’on veuille ou non les prendre en considération, ces rois», je ne vais pas vous cacher ce que vous connaissez depuis longtemps, que, depuis que j’ai conspiré au même endroit que votre époux, je suis, au plus profond de mon âme, un républicain.
- Je sais ; je ne le sais que trop bien, moi-même je n'en suis pas bien loin. C’est précisément pourquoi je me suis dit de vous : Voici ce beau républicain, qui cherche un roi pour son pays !
- Je suis aussi un pragmatique, Madame, et je connais la situation actuelle : étant donné que nous n’avons pas la détermination de faire de notre pays une République, à vrai dire de risquer comme chez vous, d’avoir quelqu’un qui met la main sur le vote et puis qui se déclare empereur et dictateur à vie. C’est plus sage de faire une monarchie constitutionnelle. J’ai le sentiment en ce moment, exactement le même que celui d’indignation lorsque votre République s'est métamorphosé en Empire. Je pense que cela m’a servi de leçon entre ce que veut l’homme et ce que est envisageable sur cette terre.
- Alors j’imagine que je vous ai trouvé exactement le personnage dont vous avez besoin : c’est-à-dire, allons parler entre nous, comme des républicains, un souverain à qui vous soumettre, mais au fond, qu’il obéisse à votre parti et aux idées élevées dont vous disposez.
- Êtes-vous persuadée ?
- Je connais bien la famille ; c’est la branche la plus déplorable des Hohenzollern et ils feraient n’importe que pour garder la tête haute.
- Quoi même, Madame, face à cet esprit prussien, même celui de la pauvreté opiniâtre, qui n’a pas de lien avec notre effervescence latine, aussi fauchée, peut-être, mais de toute façon généreuse, chaude, enthousiaste dans l’esprit révolutionnaire – comparatif aux prussiens, je veux dire, non seulement la famille royale belge, mais la Belgique, en tant que telle, est beaucoup plus proche de nous ; est beaucoup plus proche de notre esprit ; son attestation nationale est un inédit exemple pour ce que nous voulons !
- Je serais désolée de vous laisser vous enflammer pour rien – elle tendit sa main avec son gant en mousseline de soie, comme si elle avait caressée sa chevelure sculptée qui lui accentuait son air de lion.
Mais il s’emporta :  
-  La Belgique, Madame, il y a seulement trente-cinq ans, a résolut la situation que nous voulons solutionnée maintenant. Elle a été sous la domination autrichienne, comme une partie d’entre nous le reste encore aujourd’hui. Quand ils se sont libérés, en 1830, on l’aurait fait aussi, puisque nous avons commencé la révolution depuis 1821 et les échos de la révolte de Paris vers Charles X sont arrivés jusqu’à nous. Mais nous n’avons pas aboutit, étant donné que les russes nous ont envahis et ils nous ont donnés un « Règlement organique » semblable à leur absolutisme et non à nos espérances libérales qui venaient de Paris, où la liberté de la presse était exigée !... Nous avons essayé à nouveau en 1848 cependant, vous, nos protecteurs, êtes devenus un Empire et les Turques ne nous ont plus laissé actionner. Un souverain qui a connu les ambitions de la Belgique, nous aidera beaucoup plus à passer ce hiatus qui dure depuis trois décennies, plutôt qu’un officier prussien, formé en ces régiments qui ont agenouillés la Révolution de 1848. Les Allemands ont cédé devant les Habsbourg et n’ont pas achevé leur rêve de devenir un état unitaire ; tandis que La Belgique l'est déjà, comme nous voulons l'être aussi !... Les miens, au pays, c'est certainement pour cette raison qu'ils se sont dépêchés de proclamer Philippe : Comme duc de Flandre il est plus qu’un bourgeon de gotha de Saxe-Cobourg tel que le reste le roi Léopold !
Elle ne fit qu’affiner son geste de tout à l’heure, en effleurant les boucles et le front du jeune homme pour le dorloter comme il le mérite:  
- Mon petit – grand révolutionnaire !... Vous êtes véritablement fascinant, mais vous me rendez plus que navrée. Vous devez comprendre que c’est insensé : Le roi Léopold est non seulement de Saxe-Cobourg, il est également marié à Louise-Marie de Orléans, qui n’est autre que la fille de Louis Philippe, celui contre lequel Napoléon s'est révolté, qui a condamné Napoléon, celui que Napoléon a écarté ; c'est la famille la plus rivale de Bonaparte !
- Je comprends que c’est déraisonnable, Madame ; J’admets et je vous donne ma parole que je vais le respecter. Il y a autre chose que je n’en comprends pas et je vous avoue, à vous qui avez reconnu que vous n'avez pas le droit en tant que femme de vous impliquer dans les Loges, que vous avez le droit, en tant qu’esprit plus aigu que n’importe lequel homme, de disserter sur leur effondrement et sur les espoirs qui ont été apportés !
  - L’effondrement ?
- Oui, l’effondrement. C’est un initié qui vous parle…
- Je sais : jusqu’au rang de maestro dans « La rose du parfait silence » !
- Je savais que vous êtes au courant : le contraire était inconcevable. Ce que vous ne savait pas, par contre, c’est que ce maestro commence à douter… - et, en soulevant soudain son front large, dévoila : La maçonnerie peut avoir des lois, mais pas des tyrans. Votre Napoléon « le petit », veut aussi s’imposer dans la maçonnerie qui l’a honoré avec ses hauts grades. Il a transmis à Philippe de Flandre l’ordre de nous refuser, en tant que maçon et non comme relations entre leurs maisons royales. C'est pour cela que le prince ne veut plus avoir à faire à nous !... Je suis indigné, ma chère Madame et, je vous prie d’être convaincue que j’ai enterré en moi cette indignation, mais devant vous je le reconnais : Il est inconcevable qu’une organisation qui a des lois, des grandes lois cherchant le renforcement de l’humanité, soit empiétée par le même homme qui a empiété la deuxième République en se proclamant empereur, précisément parce que les lois de la démocratie ne lui permettaient plus d’être candidat à la présidence… Je suis déçu, Madame, et je me pose des questions si, d’une certaine façon, nos lois initiatrices n‘essaient pas d’être trahies en conséquence ! La maçonnerie est une grande idée, un chemin de perfectionnement humain ; mais si elle tombe dans les mains des tyrans qui lui changent le sens…
La femme resta perplexe ; même dans son ample intelligence, elle ne s’était pas attendue à ceci. Elle n’y a même jamais pensé qu’elle pouvait s’y attendre. Cet homme, d’une maturité intéressante, gardant son enthousiasme juvénile, se montra si averti, avec la fibre si intensément travaillée le long des décennies d'initiatives et persévérance révolutionnaire, qu’elle en était stupéfaite. Elle, l’amie de Victor Hugo le rival de génie d’Ernest Renan qui révolutionna les termes de la foi, des libres penseurs de la « Revue des deux mondes » et des plus originaux écrivains, depuis le vénérable Dumas jusqu’à la si innovatrice Georges Sand et au fascinant et jeune Gustave Flaubert, en ajoutant la série de plus nouveaux publicistes, passionnés d’idées novatrices, considéraient que la noblesse révolutionnaire et d'autant plus l’essor bonapartiste de devenir une famille sérénissime ne valaient plus un sou – elle, avec son intelligence libérale, était habituée à toutes les paroles protestataire de son salon où elle trôna. Par contre, ça ne lui a jamais effleuré l'esprit que le deuxième Empire se basait, en plus, sur les rênes maçonniques accaparés progressivement par ce Napoléon, qui se prouva être plus profondément dangereux, un combineur plus dissimulé, plus réfléchi, plus monopolisateur que l’habile aventurier qu’il avait été dans sa jeunesse, plus que l’autocrate sans scrupules qu’il est devenu après 1848. Elle regarda d’une certaine manière à Brătianu, caressa sans gêne son front élargi entre des grands tempes, éloignés, que seulement le reste des boucles coupés révolutionnaire couvraient, dans une suggestion de romantisme et chuchota désabusée, comme pour elle-même :
- Quel dommage ; quel dommage que cet esprit de grande politique, serve juste un petit pays !
- J’ai fait une bêtise ? – demanda-t-il plutôt en plaisantant, pour cacher sa flatterie.
Elle lui répondit tout à fait autre chose:
- Votre intuition en plus de la perfidie de dictateur qui, après avoir soumis sa République essaie de soumettre sa maçonnerie, a mis le doigt sur le point névralgique de notre libéralisme. Vous savez bien que je suis une républicaine ; vous savez bien que depuis 1848 jusqu’au 1856 je n’ai pas voulu avoir à faire à cet individu dont on raconte qu’il a tété le lait de ma mère. La comtesse Walewska m’a conduit au Tuileries et j’ai vu à nouveau le visage de Napoléon lorsqu'il est devenu plus humain, après avoir émoussé la terreur de la première partie de son absolutisme sanglant et penchait vers ce qu’on veut nommer aujourd’hui « l’Empire libéral », comme je lui ai suggérée moi-même, pour échapper à l’accusation de tyran.
- Voulez-vous dire qu’il a adouci son absolutisme officiel, seulement parce qu’il a fortifié ses pouvoirs souterrains ?   
- C’est vous qui dites cela. L’entendre de vous, je me suis expliquée quelques petites choses dont même les plus extrémistes de mon salon n'osent pas parler.   
Brătianu la regarda en face et sans gêne de prendre ses épaules dans ses mains mais, au lieu de la tirer vers lui, il garda la distance de ses bras tendus, en révélant une chose grave, convaincu de lui faire cadeau son plus grand secret :
- Vous êtes la seule à qui j’ai fait cette unique révélation d’un fait que moi-même je voudrais essayer d'oublier : Cette maçonnerie française me fait beaucoup réfléchir car, au lieu de représenter les grands desiderata d’une société entière, se laisse dirigée par les intérêts d’une seule personne ; Encore moins si cette personne est l’empereur. La maçonnerie a des lois très strictes, justement pour satisfaire les engagements sociaux qu’elle s’est assumée afin d’assurer le progrès en aiguilletant l’être humain et en durcissant la solidarité du peuple. Il ne faut pas oublier que je me suis opposé à lui comme empereur.
- Vous vous êtes trouvé même parmi les conspirateurs, aux côtés de mon époux.
- A cette époque-là je n’ai été pas en droit. Sa trahison ne regardait que les Français. Maintenant, par contre : Qu’il essaie de profiter de hauts rangs de la maçonnerie… C’est ce qui en fait mon indignation et non pas le prince allemand.
- Que pensez-vous faire ?
Je ne sais pas ; j’ai le devoir de me consulter avec ceux de ma Loge ; mais oui, avant de prendre une décision. En tous les cas je serai loyal à l’ordre de mettre sur le trône le prince prussien, mais la décision négative en ce qui concerne le Duc de Flandre ne peut pas être mélangé aux lois maçonniques. Si nous acceptons ces faits, cela signifie qu’on sert d'autres intérêts. Et si on sert d'autres intérêts, personne ne peut nous demander de les respecter tout en ayant confiance, de croire en eux.
Se réjouissant néanmoins de cette embrassade distante, qui lui transmettait la chaleur des mains de l’homme obstiné par l’injustice faite à ses croyances, la délicate dame devint femme et affirma en toute sincérité, non pas comme une allusion, mais plutôt émue sentimentalement, dans l’éco d’un infini regret :
- Quel dommage !... Quel dommage que je ne suis pas plus jeune, pour avoir le droit moral de tomber amoureuse de vous !... – Et le questionna soigneusement : Cela vous torture, n’est pas ?  Vous sentez qu’on vous a fait une injustice.
- Je hais le totalitarisme, Madame ; je ne veux pas qu’on nous ordonne, ni que nous ordonnions, je veux que chacun obéisse au même statut.
- Oubliez le Duc de Flandre, comme moi-même j’oublierai l’instant interdit quand j’ai parlé d’amour.
- Il n’est pas interdit, Madame !... En ce qui concerne le Duc, rien ne me lie à lui. J’ai été indigné par le procédé autocrate à travers lequel on change les sens du carbonarisme que j’ai aimé autrefois. Cependant, me convainquant que votre préféré a la priorité, je tenterai de le servir aussi dans les desseins de mon pays.
- Il n’est pas nécessairement mon préféré. Il est la meilleure solution pour vous, croyez-moi. Si vous voulez une tête couronné, vous avez besoin d’un homme agréé à de nombreuses Cours. – En changeant le ton de sa voix, elle redevint la parisienne malicieuse : Moi, en parlant de Prussiens, j’ai une mauvaise perception concernant les hommes, et non les princes ; je l’agrée pour le trône, non pour le lit !  
- Vous avez raison ; il est important d’être bien vu par Napoléon.
- Tandis que vous, comme la personne qui a conspiré contre lui, jamais vous n’allez trouver la porte ouverte chez Napoléon ! – précisa-t-elle bien calculée – Pensez-y à cela : je veux être sincère, justement parce que vous ne m’êtes pas indifférent. Manié avec habileté, Charles peut être un tampon entre vous et les rancunes de l’empereur… Et répéta : Je vous ai dit que vous ne m’êtes pas indifférent.
En se libérant de tout ce qui lui avait réveillé le frémissement outré de son éloignement d’un engagement qu’il considéra ferme, mais en même temps encouragé par le fait qu’elle se répétait l’intime révélation, Brặtianu redevint galant :
- Chère Madame, ma gentille dame, puisque vous m’avez fait l’honneur d’une grande sincérité concernant les têtes couronnés, je vais vous répondre à ce que vous m’aviez dit plus tôt de la boutade de l’empereur relatif à la capitulation envers les femmes : Pour des dames si belles que vous-même, je capitulerais aussi !
La coquinerie marcha, l’atmosphère d’intimité s’accentua ; la femme raffinée trouva la modalité élégante d’apostropher sans un sentiment de rejet et l’humilia juste assez que pour l’encourager :
- Vous vous y connaissez. J’ai vu comme vous appréciiez ma soubrette quand on nous a servi le thé. Vous ne pensez pas qu’un révolutionnaire tenace comme vous, connu, homme d’action tant évident en gestes, s’il échappe un seul regard de plus de ses yeux fougueux, il bouleverse la vie de ces malheureuses filles ?!
- Je suis naïf, Madame – dit-il tendrement – ne m’attribuez pas tant de…
- C‘est la vie qui vous les a attribués… et l’expérience. Vous, ces hommes qui commencez à grisonner après avoir vécu une jeunesse tumultueuse et plaine de volonté…
- Nous méritons d’avoir le droit à un peu de complaisance, n’est pas ?
- Vous savez la prendre tous seuls !... Vous savez la provoquer d’ailleurs, ou bien cela fait partie de votre instinct – affirma-t-elle en matière de connaisseuse comme femme et comme écrivaine très attentive de retourner au plus vite à son sujet: Il aura quoi apprendre de vous ce prussien qui est bien plus sans imagination que sans argent, de la même manière qu’il a hérité les complexes de son père ; aussi, il est bien plus pleurnichard que sentimental, ce qui peut le rendre introverti, au point qu’il devient brutal.
Brătianu fit un geste de courtoisie en lui baisant la main et avouant :
- Je vous suis si reconnaissant que vous me partagez vos raffinées observations dignes d’une vraie écrivaine ! – et c’est seulement après qu’il dévoila son but, en insistant : - La finesse d’une pareille constatation psychologique peut énormément aider un politicien rudimentaire que je suis. Je vous prie…
Cependant elle se révéla maîtresse de la conversation et lui souligna la faveur :
- Écoutez, pour qu’on ne dise pas que je parle dans le dos de gens, je vais vous donner un exemple devenu publique : Vous connaissez bien Frantz Joseph, l’empereur qui semble maintenant équilibré, être sur le trône depuis un certain temps déjà, choisi par les siens en 1848 et non révolutionnant puis renversant la révolution, comme l’a fait Napoléon.
- Nous le savons tous trop bien.
- Puisqu’il règne depuis dix-huit ans. Juste pour cela. Qui est-il, comment est-il, personne ne le sait !... Le monde ne se rappelle plus qu’il a été un immature quand sa mère l’a mis sur le trône en promettant une autre constitution aux révolutionnaires. Qu’elle a donnée, qu’elle leur a aussitôt reprise, mais pas brutalement, comme l’a fait Napoléon. Néanmoins, contrairement à Napoléon, Frantz Joseph est un guignol. S’il n’y avait pas eu le scandale avec la folie de sa femme, l’impératrice Élisabeth, Sissi de son diminutif, de qui on raconte qu’elle a des accès délirantes, mais qu’on a promu comme la vedette de l’Europe, celle qu’on retrouve dans tous les journaux comme la beauté de toutes les beautés royales et impériales et celle qui, avec toutes ses toilettes, lance la mode dans le monde entier, s’il n’y avait pas eu toute cette  loufoquerie, on n’en aurait rien su. Cependant, en déclenchant le scandale, cette vérité concernant la stupidité de ces zigues de nobles allemands a éclaté : car la femme qu’on suppose heureuse et que l’on retrouve dans tous les journaux lançant la mode, est folle. Elle est devenue instable psychiquement à cause de cet abruti de Frantz Joseph qui l’a violée quand elle n’avait que quatorze ans, en ignorant la manière de caresser une fille. Sa mère l’a poussé à s’unir à une autre, mais lui, le balourd, en se sachant empereur qui commande, a sauté sur celle-là et lui a ordonné de lui faire amour. C’est tout ce qu’il a eu dans la tête, alors que sa mère l’avait mis sur le trône ; ou bien c’est justement cette raison qui l’a persuadé que tout s’obtient en donnant des ordres. Il avait abusé d’elle et, pour dissimuler le scandale, ils ont vite célébré leurs noces. De plus, ils ont eu aussi des enfants !... Dès lors, on pourrait dire de cette fille qu’elle a eue le bonheur d’arriver impératrice, tous les peintres se dépêchant davantage de lui faire le portrait en la déclarant la beauté du monde. Mais voila qu’aujourd’hui, lorsqu’elle este devenue célèbre par sa splendeur et vedette de tous les journaux, la petite fille violé a culbuté ; elle manifeste ouvertement sa folie et n’a pas un délice plus grand que celui de se moquer des frivolités impériaux de son violateur. Qui, l’abruti, en tant qu’empereur, s’il avait su la caresser, il l’aurait eu à vie. Seulement voila que cet imbécile grandi à la caserne, a cru qu’il est empereur et qu’il peut commander. Et il l’a brisée pour la vie. C’est ce qui arrive quand on ne sait pas se conduire avec les femmes !... Vous avez compris ?
- J’ai compris ; j’ai compris cette parabole, ma chère dame ; vous pouvez en être sure.
- La femme, vous pouvez la rendre reine, vous pouvez la rendre impératrice ; si vous ne la rendez pas heureuse, en vain ! Qu’en dites-vous ? Pour un homme expérimenté et sanguin, comme vous-même, - dit-elle avec un soupçon d’allusion, de subtilité avertie – ce serait une chance de donner des leçons d’hardiesse à ce monarque que vous allez avoir. Hardiesse dans le sens de la découverte des secrets de la virilité, car lui aussi monte sur le trône en étant célibataire. Vous allez épargner ce jeune homme de sa godiche envers les femmes et il vous serra reconnaissant à jamais.
En lui baisant avec acharnement les mains qui consentaient ce fait, Brătianu répliqua croquignolet, dans la libertine et parisienne manière:
- Il va falloir, sans doute, répéter ensemble, très chère Madame !
Mais, tel que le voulaient les bonnes manières, elle lui donna une petite gifle surtout encourageante et, pour interrompe pour le moment la ruse :
- Sage, mon petit !... Êtes-vous convaincu que je souhaite vous conseiller, vous aider ?!
- Convaincu est peu dire ! Je suis votre vassal, Madame !
Elle le regarda dans les yeux en prenant soin de lui attirer l’attention et levant son doigt en signe d’admonestation sans pour autant s’empêcher de lui montrer le cadeau qu’elle lui faisait, en omettant par contre de lui dire ce qu’aurait du être la récompense :
- Ces comportements, soi-disant sentimentaux qui, au fond sont sexuels, en disent beaucoup des hommes, Monsieur Brătianu ! Dans mon salon, des célébrités académiques ont commencé à développer cette théorie qui, je suis certaine, deviendra dans le futur une science essentielle concernant le comportement est les besoins humains… Mais oui, c’est pour cette raison que je me suis décidée : je vais vous révéler un secret, chose que je ne devrais point faire. Seulement, c’est une habitude entre les conspirateurs et moi j’ai l’excuse que nous conspirons une belle chose pour votre pays… Et, au fond, pourquoi ne le dire-je pas ?!... Même pour vos ambitions de révolutionnaire aux belles pensées…
A ce moment-la, elle se leva en faisant ressortir son allure élégante de femme qui sait ce qu’elle doit mettre en valeur et alla vers une écritoire jetant un œil sur un tas de lettres, sans pour autant cacher sa curiosité d’épier son regard afin de vérifier s’il la contemplait avec les mêmes critères d’égard associés aux mouvements de la soubrette.
- Vous êtes bien plus distinguée que dans le portrait réalisé par votre époux ! – lui dit Brătianu comme si, par cet à-propos il lui aurait démontré qu’il comprenait tout ce jeu habile.
Malgré cela elle était devenue attentive à la partie grave de choses :
- J’espère ne pas avoir à regretter ce secret qui restera le notre. Peu importe le moule, si nous deux le sculpterons à notre manière, le roi ne pourrait que parfait !... Lisez-moi cela et vous verrez que c’est à vous de lui donner une part de cette fibre volontaire et vigoureuse qui est la vôtre !
 La lettre était datée d’il y a plus de deux ans, plus précisément du 2 décembre 1863 :

 « Ma chère et tendre Hortense,
Revenu depuis peu à Berlin, je me dépêche de vous exprimer mes plus sincères remerciements pour la grande amabilité que vous avez eue envers moi le dernier jour de mon séjour à Paris. Il est merveilleux pour moi le souvenir d’avoir été reçu avec tant de bienveillance par ma chère Hortense. Ce dernier jour, ces dernières heures à Paris, ont été décisifs. Vous connaissez bien le proverbe allemand : Les dés ont été lancés… »

- Celui-là, ou bien il souffre d’orgueil gotique, ou bien il ne s’est pas documenté sur ce qui se dit du Rubicon- s’amusa Brătianu mais, en agitant une autre lettre, elle lui fit signe de continuer :
- Lisez, en partant de chez moi il s’est rendu chez Anna Murat, mais il a été incapable de se conduire en homme. Ehe, voici la raison pour laquelle les yeux des allemandes pétillent en pensant aux hommes ! Il va finalement se convoler avec l’une de celles-ci et va annoncer de manière protocolaire, avec deux semaines d’avance, qu’il a programmé une partie de sex. C’est comme ça qu’on se moque, Joséphine et moi, de son père.   

« Après vous avoir abandonnée, je me suis rendu, comme vous le savez, avenue Montaigne, afin de faire mes adieux. La pensée de devoir quitter Paris m’était pénible à supporter. Je vous ai relaté, chère Hortense, la manière avec laquelle la princesse Anna s’est séparée de moi, en me bouleversant tellement, au point qu’il fut arrivé un moment où je me suis retrouvé tout à fait renversé. Elle a serré ma main en me disant : J’espère que nous nous reverrons bientôt, n’est pas ? Vous allez revenir prochainement – et elle a eu du mal à me laisser partir… »     
 
- Écoutez cela : elle a eu du mal à le laisser partir et lui… - s’amusaient-ils ensemble trouvant un moyen de plus grande intimité dans cet amusement.

« M’en allant, je pansais la revoir bientôt afin de s’unir à elle à jamais. J’ai été très heureux de pouvoir demeurer un jour à Düsseldorf chez mes parents, auxquels j’ai tout dit : ma mère est ravie et mon père, il semble ne pas s’y opposer… Maintenant, il faut faire les démarches. Si nous attendons trop longtemps, la princesse Anna va penser qu’elle ne m’a fait aucune impression, d’autant plus que j’ai été assez réservé devant elle à la Compiègne… Je vous ai dit, chère Hortense, je l’aime de tout mon cœur et elle est la seule qui peut me rendre heureux. »   

- Qu’en dites-vous ? : Anna va le rendre heureux, mais elle n’en sait rien. Parce que, au lieu d’avoir le courage de le lui dire à elle, le pauvre garçon sot, me le dit à moi, en tant qu’amie de sa mère ; avez-vous saisi !? – demanda-t-elle approchant de lui son parfum et changeant les papiers se trouvant dans sa main – et regardez ici comme le prince-père ne s’y oppose pas, ce prussien bien calculé. Encore, je suis sincère, je te les montre tels qu’ils sont : Le fils est un timide, complexé sentimentalement davantage à cause de son obtus esprit et s’avérant être sans personnalité. Ce que, soyez attentif, Monsieur Brătianu, ce n’est pas plus mal pour un monarque constitutionnel dirigé par un politicien si malin comme vous l’êtes !... Aussi, le père est un paria de la grande famille, qui cherche à décrocher le gros lot mieux que son fils afin de débourser l’argent en compagnie d’une parisienne prétentieuse ; puisque ces princes d’aujourd’hui ne doivent pas être perdus dans ces grandes capitales où l’on dépense des sous, mais doivent devenir une bonne affaire pour leurs familles ; ne voyez-vous pas qu’on les vend, aux divers pays qui s’émancipent, comme on vend les chevaux de race ?!... De cette façon devraient être regardées toutes ces choses par les politiciens réalistes ; ce que, de nouveau, pourrait vous être convenable à vous, les hommes, qui voulez un avenir pour votre pays.

« Je me fais même quelques reproches d’avoir écouté Charles » - écrivait Charles Antoine à Madame Cornu. « La jeune personne (Anna Murat), habituée à vivre au centre du luxe et du monde le plus brillant, pourrait-elle se contenter avec ce que Charles peut lui offrir, qui est un tempérament pur germanique et, plus que tout, allemand ?... Saurait-elle apprécier ce que nous tenons le plus au cœur, la vie de famille ? Voudra-t-elle demeurer presque toute la vie à la campagne, pour créer là-bas un petit centre d’occupations subordonnées ?...
Charles ne peut disposer que de 50 000 francs de revenu annuel, que moi-même je ne peux pas accroître à cause des autres enfants et des impôts élevés que je dois supporter… On dit que la princesse est très riche et dotée, mais sa fortune n’a rien à voir à ce que mon orgueil me dicte, que l’épouse doit vivre de revenus de son mari… La rente de Charles jamais ne permettra une pareille chose ; elle ne lui permettra même pas de vivre marié à Berlin ou dans une autre grande ville, il ne pourrait vivre qu’à la campagne, exceptant les voyages et les visites… »

- « Un tempérament pur germanique et, plus que tout, allemand » - cita Brătianu en s’amusant et faisant rire la dame à qui il avait à nouveau commencé à lui baiser les mains d’une manière encore plus intime.
- Ha, ha, ha !... Madame, ma chère dame Hortense, votre allégation est géniale ! Mais oui, ils sont ainsi : Ils se marient pour annoncer à leurs épouses que, en vertu des engagements conjugaux, dans deux semaines, à une certaine heure, ils vont faire un peu d’amour…
- Vous aimez cela, n’est pas ? – caressa-t-elle ses joues, en se laissant bercée dans tout l’amusement qui les rendait heureux et les rapprochait. Pour s’arrêter tout à coup, attentive à ce qu’elle avait de plus urgent à fialiser: Allons, donc, mettre les choses au point, étant donné que Bǎlǎceanu est sur le point d’arriver et nous devons l’envoyer chez Napoléon, avec la leçon apprise par cœur !...
- Nous l’enverrons ; nous l’enverrons aussi vite que possible – l’assura Brǎtianu en saisissant la gaieté de ses pensées et en souriant avec complicité.



II


De là où il fut déposé par la chaise de poste, prés des auberges de l’Evêché, la rue de l’Académie se trouvait assez prés, dès lors Brǎtianu pris un bagage léger, abandonnant les autres au chef de la poste afin qu’il les lui envoie à Piteşti et commença à marcher tout en respirant insatiable l’air de Bucarest avec des jardins noyés dans la nuit et des sifflements de gendarmes dialoguant au clair de lune à intervalles fixes. Cela, de même que la rotation des lanternes des tours marquait l’ordre nocturne de la ville, tandis que l’odeur des fleurs de cerisiers ou de pommiers et l’autre dialogue, celui des chiens au-dessus des taudis, avait des ondes chaotiques, tantôt discrètes,  tantôt intempestives, répondant peut-être à certains signaux des étoiles qui clignotaient par-dessus la ville au ciel bas, de campagne, en restant fixes seulement quand, de plus prés, du pont de Mogoşoaia qu’on sentait au dessous de petites ruelles délimitées par des clôtures au végétations  bourgeonnantes, on distinguait les voix des passants, des portes des estaminets ou encore le son des sabots des chevaux attelés aux calèches qui portaient les premiers fêtards à la maison ainsi que les pétulants vers des endroits encore plus obscures que ceux dans lesquels ils avaient festoyé jusqu'alors.
Malgré son arrivée hâtive et précipitée, en marchant sur ces pavés il paraissait nager dans la familiarité de l’atmosphère qui était la sienne ainsi qu'à sa ville. Seulement la sienne et à cette ville dans laquelle il avait fait des affaires et des soirées et des choses politiques et des révolutions, avait tenu des discours graves sur la liberté, avait accompli des fonctions d'une grande responsabilité et attention, avait encaissé des injures, des accusations voire même des arrestations ou encore il s’était amusé avec ses confrères en sortant joyeux des soirées et en provocant les cochers qui restaient en file, la nuit, pour gagner un sou de plus :
- Cocher, êtes-vous libre ?
- Oui, m’sieur.
- Vive la liberté !
Parce que chez eux tout gravitait autour de l’idée de liberté et même les blagues ne pouvaient faire oublier le desideratum vital et, pour cette raison, ils avaient légèrement modifié la plaisanterie habituelle de Mitici (n.b. personnages caricaturaux de I.L. Caragiale) :
- Cocher, êtes-vous vide ?... Retournez à la maison vous remplir !
Il revenait chez lui, c'est-à-dire dans l’insolite atmosphère de Dâmboviţa et, même dans la hâte qui l’emmenait, il était heureux de gouter de la nuit de ce « chez lui » : plus lente, moins spectaculaire, mais certainement pas plus inferieure en tant que grouillement des gens, plaisirs et intérêts que celle parisienne. Alors, il ne manqua pas d’aplomb en frappant à la porte de Rosetti à une heure qu’on pouvait considérer comme « trop… », mais pas plus que « trop », parce que elle pouvait tout aussi bien être plus tardive que « au petit matin ». Il savait que dans les ateliers côté rue, les typographes travaillaient plus activement que la journée, pour pouvoir sortir le journal et que l’heure du réveil n’était pas bien loin ni pour le patron, qui veillait comme un cerbère les mouvements politiques de la ville, toujours déçu par ceux qui étaient alliés pour la "cause" et toujours certain de cette cause qui semblait être unique ; constamment sans indulgence envers les adversaires et les fougueux, mais toujours dévoué à ceux qu’il représentait génériquement sous le nom de « cause ».
Comme s’il avait été là en permanence et n’avait pas été absent pendant tout l’hiver et une partie du printemps, il fit un signe négatif au travailleurs qui, durant leur temps libre, ils lui vendaient son propre vin apporté de Drǎgǎşani et Ştefǎneşti ; signe vers les fenêtres d’en haut, du fond de la cour, pour ne pas réveiller le maître. Et il commença à lire les galées, voire même, à l’envers, les titres de plomb se trouvant sur la matrice, pour matérialiser l’image de la ville qui l’avait reçu en cachant ses mouvements dans la nuit. Que lui-même les connaissait, les devinait, il avait l’esprit de trouver en eux la vérité ; il voulait juste mieux les déchiffrer pour les buts qui l’avaient emmené en grande hâte.
Parce que, du jour où, à Paris, on avait entendu de l’inclinaison des sept pouvoirs garants de donner aux turcs le droit de déchirer et de séparer à nouveau les principautés pour ne plus admettre qu’un souverain de souche, c'est-à-dire de recommencer la zizanie, il était dans tous ses états. Il avait fait tous les cabinets parisiens où il avait accès en essayant de trouver des alliés pour éviter une telle chose. Il avait communiqué, tant que le télégraphe le lui a permis, avec ceux d’ici, dont seul Rosetti lui avait répondu ferme, franchement entre eux deux, et même si le langage était codé, il devait comprendre la nécessité d'une solution radicale et, instigué de ce « il fait froid comme en janvier ’59, quand seulement nous et grâce à nous… », ce que, dans la métaphore conspirative du langage de Rosetti, voulait dire qu'ont émergé tant d’oppositions qu'il fallait agir comme au 24 janvier 1859 quand, en feintant toutes les restrictions, ils ont procédé comme personne n 's’attendait, ils ont choisi Cuza également à Bucarest, en mettant tous les ennemis face au fait accompli. Ils se sont confirmés l'un l’autre de cette façon que des situations assez graves se préfiguraient au point qu'ils devaient actionner en s'imposant et en mettant, à nouveau, l’ennemi devant le fait accompli, uniquement à travers eux-mêmes et lui, fuyant à nouveau en Allemagne pour voir le jeune prince qui, une semaine auparavant, lui avait confirmé ravi, et même impatient, la reconnaissance pour l’offre qu’on lui faisait :



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Produs Port@Leu | ISSN 1842 - 9971