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Anul 2009
Articole de Viorel ROMAN, Mihai BERCA, Alin FUMURESCU, Magdalena Albu, Adrian BOTEZ, Gavril CORNUŢIU, Al. Florin ŢENE, Dona TUDOR, Dan ODAGIU- Partea I
- Partea II
Partea III
Partea IV
Partea V
Partea VI
Partea VII
Articole de Napoleon SĂVESCU, Gavril CORNUŢIU şi Sorin GOLEA - Partea I
Partea II
Partea III
Partea IV
Marin SORESCU tradus în franceză de Constantin FROSIN,
„Jocuri de cuvinte” de Dimitrie GRAMA - „Sonete erotice” de Ioan LILĂ
Valoroasa operă poetică a lui Valeriu MATEI prezentată şi comentată de Daniel CORBU şi Theodor CODREANU
Valoroasa operă poetică a lui Valeriu MATEI prezentată şi comentată de Daniel CORBU şi Theodor CODREANU- Partea II
Oportunităţi de afirmare literară prezentate de Nicolae BĂCIUŢ;
Recenzii de Adrian BOTEZ, Octavian CURPAŞ, Melania CUC, Ionuţ CARAGEA, Manole MOSCU, Eugen CRISTEA, Luminiţa ALDEA, la cărţi de Eugen EVU, Ioana STUPARU, Ionuţ CARAGEA, Theodor DAMIAN, George ROCA, Grigore AVRAM, George TĂUTAN, Al. Florin ŢENE, Paul POLIDOR, Ovidiu CREANGĂ- Partea I
Partea II
Partea III
Partea IV
Partea V
şi un „Dosar din câmpul literelor” alcătuit de Corneliu FLOREA, Florentin SMARANDACHE şi T. DUNGACIU despre: CONTROVERSĂRILE PRODUSE DE EXIBIŢIONISMUL CRITIC.- Partea I
Dosar din câmpul literelor - Partea II
Partea III
Napoleon SĂVESCU,- Radu MIHALCEA, Florentin SMARANDACHE , Zaharia BALA Prezentaţi de Gheorghe BUDEANU, Gheorghe ZIDARU, Octavian CURPAŞ- Partea I
Partea II
Partea III
Partea IV
Partea V
DIN FOLCLORUL INTERNETULUI
Partea II
Partea III
Lenin a fost homosexual - Partea I
Partea II
D’ALE LUI MARDALE
Rubrica lui Ioan LILĂ
Rubrica Elisabetei IOSIF
DOUĂ NOI COMPOZIŢII ÎN IMAGINE MUZICĂ ŞI TEXT
Identitatea lui Ion Popescu
POEZIE ROMÂNEASCĂ ŞI POEZIA ROMÂNEASCĂ ÎN LIMBILE LUMII

MARIN SORESCU ÎN  TRADUCERE FRANCEZĂ
              DE CONSTANTIN FROSIN


 SOLITUDE


Au chevet du grabataire
Rien que le chevet. Il relève sa tête de là-dessus
Et, comme s’il le voyait en première,
Il lui demande d’une voix éteinte :

- Tu es venu me tenir compagnie,
N’est-ce pas, mon chevet ?

- Oui.
Il faut bien qu’il y ait quelqu’un auprès de toi
Pendant ces heures qui courent,
Car tu es gravement malade.



ÉCHELLE AU CIEL


Seul, un fil d’araignée
Pend du haut plafond,
Exactement au-dessus de mon lit.

Jour après jour, je m’aperçois
De ce qu’il descend toujours plus bas.
On m’envoie chercher, voire
Une échelle au ciel, dis-je.
On me la jette de là-haut.

Bien que j’aie maigri trop, terriblement même,
Je ne suis que le fantôme de qui je fus.
Je me rends compte que mon corps
Reste cependant trop lourd
Pour cette échelle tellement délicate.

Vas-y, mon âme, vas-y toi de l’avant,
Vas-y mollo !


L’ ÉTANT PARTI


Il est parti sans prendre la peine de vérifier
S’il a éteint le gaz
Ou s’il a fermé les robinets d’eau courante.

Il n’est plus revenu sur ses pas,
A cause de ses petits souliers neufs –
Pour chasser les vieux, plus commodes.

Il est passé devant le chien
Sans lui adresser la moindre parole.
Celui-ci fut fort étonné, puis se rassura :
« Cela veut dire qu’il ne va pas trop loin.
Il rentrera sous peu ».  



SPECTATEUR


J’observe avec intérêt
Le combat que livre l’instinct à la vie,
Au génie de la mort.

La vie met en œuvre mille et un subterfuges
La mort descend dans l’arène en usant de mille perfidies,
Pareille à deux gladiateurs
L’un armé d’un trident et d’un filet,
L’autre combattant avec le glaive.

Resserré entre la logique mystérieuse
De la vie,
Et la logistique majestueuse de la mort,
J’ai mué en les lieux mêmes du combat
Tout ce qui reste de moi,
Ce sont juste les yeux –
Pour voir et pour se rendre, terrorisés.  





LE BÉLIER AUX CORNES                    RECOURBÉES


Le bélier aux cornes recourbées
Par 24 fois recourbées de tous les côtés,
Recule de quelques pas, prend son élan,
Puis charge et fonce sur une tête de pont.

Il combat furieusement une tête de pont,
Le bélier impérieux, aux cornes recourbées.

Ensanglanté, il s’agenouille et dit :
« Je me heurtai aux bornes de la connaissance,
J’ai lutté avec elle,
Mais ne parvins pas à la faire bouger,
Elle ne remua guère…

Ma peur de la mort m’y poussa,
Ma vaillance m’a déterminé à la charger ;
Rien n’y fit.

Cette tête de pont, c’est bien la mort…
Et ma tête de bélier moult en pâtit.

Ô, soleil, vers toi s’élève toute notre espérance,
Vers toi, qui… »

De grosses larmes perlent et ruissellent de ses yeux
Tellement beaux, de bélier.
Et s’en vont scintiller d’impuissance ses cornes
Recourbées par 24 fois.   


LA MÊME NOSTALGIE


Le vide paquet de cigarettes
Eprouve une nostalgie
Que le vide cosmique est le seul capable de comprendre
Il se retrouve à l’abandon
Tel une rampe de lancement
Après que toutes les roquettes envoyées dans le ciel
S’en allèrent en fumée

De bien belles fleurs
On n’en rencontre que très tard en automne
Après que les vents tordus comme les très grosses cordes
Ont fait leurs quatre cents coups, ont rossé de coups les fourmis
Et les seuls bleuets furent capables
De résister dans leur vase de lœss
Tout en ouvrant leurs multiples paupières
Ils jettent de ces coups d’œil
Tout d’étonnement
Et la même nostalgie les réunit
Sur ma table
Aux côtés de mon paquet vide
Et de moi-même qui   j’ignore pourquoi
Je regarde à travers la fenêtre.



HIER, IL FIT JOUR



On regagne ses pénates
Un peu usé, mais autrement content,
Content comme un ticket de tramway présenté au poinçonneur,
Et perforé exactement où nécessaire.

On a généreusement déchiré toute sa journée
Et à présent, on reprend ses esprits
Et l’on attend de se rattraper
De revenir de loin, comme un train de marchandises à vide
On n’en finit pas de revenir.

Ce fut une journée comme toutes les autres, fructueuse tant et plus.
A peine arrivé à son boulot
On a vite fait de déployer ses activités
Sur le bureau, les chaises, le téléphone et les autres objets environnants,
Se trouvant là exprès.

Tu  as fait face à d’autres tâches aussi:
As demandé et donné des cigarettes,
As serré la main à une centaine de connaissances, au moins
En t’empressant de les devancer de ta propre question
“Ça va ? “ à seule fin qu’ils n’aient pas le temps de te le demander
En les mettant, par là-même, dans une une position d’infériorité,
Et sans doute, as parlé normalement toute la journée,
Entre les limites du Dictionnaire de Langue Roumaine Contemporaine,
Environ cinq mille vocables.

Et maintenant, que tu ramasses la rouille
De la clef que tu oublias dans ta poche,
Tu constates que les petits cailloux glissés dans tes souliers,
Se sont insinués dans ton âme aussi
Et ils y poussent un dôle de son.
Tant et si bien que tes enfants auront encore un jouet à leur disposition
Qu’ils vont faire cliqueter.

Même tes nerfs, qui aujourd’hui se sont tordus très artistiquement,
Ils pourront bien les employer à succès
En guise de crécelle pour leur nouveau cerf-volant.
Dans quelques minutes, le cerf-volant va s’envoler gaiment
Au-dessus de ta maison, en envoyant des signaux dans le cosmos
De ce que sur la terre la vie existe quand même
Que l’on valorise au maximum.










 L’ALPHABÈTE


Il n’observa pas
Quand il a perdu sa première lettre.

Il a continué à parler,
En évitant soigneusement
Les paroles
Contenant la lettre respective.

Puis, il en perdit encore une,
l’A, si je ne me trompe.
Le Soleil, la Lune
Ne furent pas du nombre.

Et encore une,
Le Bonheur, tout comme l’Amour
Ne parvenaient plus à le comprendre.

La toute dernière lettre
Resta empalée dans une syllabe,
Comme une dent fatiguée.

Maintenant, il voit, il entend,
Mais ne dispose plus de paroles propres à la vie,
Formée, pour la plupart, justement des lettres
Par lui perdues.


J’AI ATTEINT À L’INCROYABLE



J’ai atteint à l’incroyable
Et m’y suis installé,
Un tant soit peu.

Mais il ne s’agit que de la partie superficielle,
une mince couche.

Il y a d’innombrables couches superposées
D’incroyable.
(Ce que l’on ne parvient pas à croire).
Tout comme les innombrables feuilles
Habillant un bulbe.

Et le centre de feu de l’incroyable
Le noyau, le pépin
D’incroyable de l’incroyable
Est lui-même aussi un début.
La partie superficielle,
Cette mince couche...

Et ainsi de suite.



UN BRIN DE LUMIÈRE


Un rayon de lumière sur votre terre...
Comme quoi, me voilà né
Pour voir où vous en êtes.

Ça va, la santé ? Et vos forces ?
Mais le bonheur, ça y est ?

Faites-moi grâce de vos réponses,
Merci. Je n’en ai guère le temps.
A peine si j’ai le temps de poser des questions.

Quand même, je me plais ici.
Il fait chaud et beau.
Et il y a tant de lumière
Que l’herbe peut pousser.

Mais voilà-ti-pas que cette fille-là
Me regarde de toute son âme, tant et plus...
Non, chérie, ne vous dérangez pas de m’aimer.

Qu’à cela ne tienne, va pour un café noir
De votre propre main.
J’adore votre façon de le faire
Bien amer.



LA MALADIE


Allez, Docteur, c’est meurtrier,
Car je ne sais quoi sur le pourtour de mon être,
Tous les organes me font mal :
De jour, me fait mal le soleil,
De nuit, me font mal les étoiles.

J’ai un point de côté juste sur ce nuage-là,
Que je n’avais même pas, à ce jour, remarqué.
Comme quoi, chaque matin je suis tiré de mon sommeil
Par une sensation hivernale.

J’ai eu beau m’administrer toutes sortes de médicaments,
J’ai aimé et j’ai haï, j’ai aussi appris à lire
Et j’ai même lu un certain nombre de livres,
J’ai parlé aux gens et j’ai bien réfléchi,
J’ai été bon, j’ai été beau…

C’est peine perdue, Docteur, cela n’a rien donné,
J’en suis pour mes frais, mais alors, quels frais !

Je crois m’être rendu malade de mort
Le jour où
Je suis né.

 CARNAVAL


Allons faire échange de pensées,
L’arbre, dont je ne connais même pas le nom.
Et, en même temps que tes pensées,
Donne-moi également toutes tes feuilles
Dont je veux orner mes mains,
Mes yeux et mon front.

A la fin,
Ça fera un beau carnaval
De séparation
Et tout un chacun mettra son masque
Qu’on ne met qu’aux fêtes.
Et je veux apparaître masqué simplement,
En guise d’un arbre bien vert.



L’INNOMMABLE A QUAND MÊME UN NOM


Il n’y a pas eu d’Eminescu.

Il y a eu seulement un beau pays
Aux confins d’une certaine mer,
Dont les vagues font comme de petits ronds blancs
Pareils à une barbe mal peignée de vieux monarque,
Et des rivières semblables à des arbres courants,
Où perche la lune au bord de nids tressés de feuilles.

Et surtout, il y a eu des gens simples, des hommes tout court
Lesquels avaient pour noms: Mircea le Grand, Etienne le Grand,

Ou, plus modestement, bergers et laboureurs,
Qui se délectaient à réciter
Le soir, au coin du feu, des poésies –
“Miorita” et “Hypérion” et “Troisième lettre”.
Mais comme dans leurs bergeries et villages
Les chiens n’en démordaient pas d’aboyer,
Ils s’en allaient en guerre contre les Tatars
Et contre les Avars et les Huns, contre les Polonais
Et contre les Turcs.  

A leurs moments de soi-disant accalmie,
Entre les dangers et la détresse,
Ces gens-là faisaient de leurs chalumeaux
Des caniveaux
Pour les larmes des pierres à ce point attendries,
Que les doïnas dévalaient les pentes
De toutes les Montagnes de la Moldavie et de la Valachie
Et du Pays de la Bârsa et du Pays de Vrancea
Et d’autres pays roumains encore.

En outre, il y a eu de hautes futaies
Et un jeune homme qui savait leur parler,
Etonné de ce que leurs cimes ploient sans un souffle de vent.

Ce jeune homme aux yeux aussi grands
Que notre histoire toute entière,
Passait, songeur,
Du livre cylindrique au grand livre de la vie
Et n’en finissait pas de dénombrer les peupliers de la justice et de l’amour,
Lesquels lui parvenaient toujours impairs.

Il y a eu encore des tilleuls
Et deux amoureux
Qui savaient recueillir toutes les fleurs de ceux-là
Dans un baiser.

De plus, des oiseaux ou bien des nuées,
Lesquels n’arrêtaient pas de les survoler,
Tout pareils à d’immenses nappes mouvantes.

Et parce que tout cela
Devait porter un nom,
On les prénomma
EMINESCU.



LES YEUX


Mes yeux s’arrondissent toujours plus,
Pareils à deux ronds dans l’eau –
Ils m’ont déjà recouvert le front
Et la moitié du torse.
Ils ne tarderont point à être aussi grands
Que moi-même.

Plus grands que moi,
Beaucoup plus grands que moi-même,
J’en arriverai à n’être plus qu’un point noir
Au milieu d’eux.

Et pour m’éviter la solitude,
Je permetrai que leurs globes soient comblés
D’un grand nombre de choses:
La lune, le soleil, la forêt et la mer
Avec lesquels, je regarderai, comme avant,
L’ici-bas.

Produs Port@Leu | ISSN 1842 - 9971